Alda Greoli retire aux Prix de la critique le soutien de la FWB

 

Scènes L’association s’étonne des arguments avancés qui mettent en péril sa pérennité.

 

Grand rendez-vous des arts de la scène, les Prix de la critique réunissent chaque année le monde du spectacle pour une soirée fédératrice, conviviale et engagée par son espace de parole important. Raisons pour lesquelles ils semblent de plus en plus appréciés et attendus. Seul événement de cet ordre en Fédération Wallonie-Bruxelles, les Prix de la critique récompensent surtout – depuis plus de 50 ans sous des noms qui ont évolué (Èves du théâtre, Prix du théâtre, Prix Tenue de ville...) – chaque saison les talents qui s’illustrent sur nos scènes, en matière de théâtre, de danse, de jeune public et, plus récemment, de cirque.

À l’instar de la plupart des institutions et associations liées aux arts de la scène, l’asbl Prix de la critique avait donc remis au cabinet de la ministre de la Culture une demande, non de contrat-programme, mais d’aide pluriannuelle afin d’assurer ses prochaines éditions. Suivant les conclusions négatives du Conseil interdisciplinaire, l’instance d’avis en charge du dossier, Mme Greoli a annoncé fin décembre au CA des Prix de la critique l’arrêt de toute subvention liée à son activité.

 

Incohérences

 

L’AG des membres du jury des Prix (composé de critiques et journalistes spécialisés en arts de la scène (1)) a découvert avec stupéfaction les arguments avancés par le Conseil : les Prix, selon lui, récompenseraient en majorité des individus au détriment de la dimension collective, porteraient trop peu d’attention sur les artistes de la FWB, mais consacreraient des artistes déjà trop connus, lors d’une cérémonie ayant trop peu de visibilité auprès du public et des professionnels.

Dans leur réponse à la ministre (consultable sur www.lesprixdelacritique.be), les organisateurs des Prix détaillent les inexactitudes et démontent les contradictions de ce document. En soulignant que cet avis – à vertu consultative et facultative – a, malgré ses incohérences, été suivi par Mme Greoli, elle-même ayant assisté et pris la parole aux cérémonies de 2016 à Bruxelles et 2017 à Namur.

La subvention annuelle était, jusqu’à 2017, de 5350 euros. La nouvelle demande de l’asbl s’élevait à 12 100 euros, avec pour finalité principale l’organisation d’une cérémonie permettant de rétribuer équitablement techniciens et artistes qui animent ce soir de fête, tout en offrant à toutes les familles artistiques réunies à cette occasion une réception conviviale.

La suppression pure et simple de cette aide, souligne l’asbl, pénalise moins le jury, bénévole, que les artistes eux-mêmes, ainsi privés de l’hommage qui leur est dû, de même que d’un précieux espace de parole. Par ailleurs, comme le note encore l’association, la décision de Mme Greoli “oblige à une réflexion collective des grandes institutions qui pourraient prendre le relais financier de la ministre pour maintenir la tenue de cet événement unique et précieux pour le secteur”.

 

(1) Nurten Aka (Focus, Le Vif/L’Express), Laurent Ancion (C!rq en Capitale), Marie Baudet (La Libre Belgique), Gilles Béchet (Bruzz), Didier Béclard (Demandez le programme), Laurence Bertels (La Libre Belgique), François Caudron (RTBF Musiq3), David Courier (BX1), Michèle Friche (Le Soir), Christian Jade (RTBF.be), Muriel Hublet (Plaisir d'offrir), Catherine Makereel (Le Soir), Dominique Mussche (RTBF.be), Nicolas Naizy (Metro/Belga, Radio Campus), Estelle Spoto (Le Vif/L’Express).

 

Réponse à la ministre

L’ASBL « Prix de la Critique Théâtre/Danse » a reçu un courrier de Mme la Ministre Greoli, en date du 21 décembre 2017 nous annonçant son refus de toute « aide au projet ». Un refus motivé par la « pertinence », dit-elle, d’un avis du Conseil interdisciplinaire des arts de la scène (CIAS) (voir ci-dessous), qui rend un avis consultatif négatif, mais non contraignant. Voici donc éliminé un projet bénévole d’hommage au théâtre, adulte et jeune public, à la danse et au cirque. Or par deux fois Mme Greoli y a assisté et pris la parole, au Théâtre National (2016) et au Théâtre de Namur (2017). Elle peut donc parfaitement juger de la « pertinence », ou non, des ‘arguments’ de sa commission.

Les justifications du CIAS pour la suppression d’une subvention, accordée depuis 2002.

1. « Cet événement récompense en majorité des individus, alors que les disciplines des arts de la scène ont une dimension collective évidente ».

C’est la négation absolue de notre pratique réelle. En 2016, en présence de Mme Greoli, le collectif Nimis Group figurait parmi les 3 meilleurs spectacles de l’année. Et toute l’équipe artistique et technique de ‘Cold Blood’ de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey était récompensée. En 2012 le Raoul Collectif était lauréat du prix « découverte ». De manière structurelle, parmi les 14 prix, 7 récompensent un travail ‘collectif’ (spectacle, mise en scène, spectacle jeune public, spectacle de danse, de cirque, découverte et création artistique et technique). Que les autres prix saluent de pauvres « individus », acteurs et actrices, jeunes ou confirmés, des auteurs/autrices et scénographes, où est la ‘faute’ et la justification de la ’sanction’ ?

2. Le CIAS « estime que la plupart des artistes primés sont déjà connus et bénéficient déjà d'une certaine notoriété ».

C’est une contre vérité, démentie par tout notre palmarès. Structurellement, nos prix ‘découverte’, ‘jeune acteur/actrice’, ‘ jeune public’, révèlent des gens peu ou pas connus. Exemple, en 2017, en présence de la Ministre, la jeune Héloïse Meire, est proclamée lauréate du ‘meilleur spectacle’. En 2010 le spectacle fondateur du jeune Fabrice Murgia, « le Chagrin des ogres » figure parmi les 3 meilleurs spectacles nominés. Anne-Cécile Vandalem deux fois lauréate (en 2007 et 2011) ne pouvait donc, selon les critères du CIAS, l’être en 2016, pour « Tristesses », en raison de sa ‘notoriété’ excessive à Avignon, la même année ? David Murgia, acteur de théâtre et cinéma, 2 fois lauréat (2013 /2017, en présence de Mme Greoli), trop ‘connu’ ? Faut-il désormais aussi éliminer de nos prix les acteurs/actrices de théâtre qui révèlent leur talent trop ‘notoire’ dans les séries TV de la RTBF?

3. « Le CIAS constate que cet événement bénéficie d'une faible visibilité tant auprès des professionnels des arts de la scène que du public. »

Nos prix seraient trop peu ‘connus’ et nos lauréats trop ? Cherchez l’erreur logique! Des professionnels absents ? Ils sont chaque année 300/400 en Wallonie, 500 /600 à Bruxelles, dans la grande jauge du National. Avec une salle pleine de… professionnels, les théâtres peuvent instaurer un ‘quota’ spécial pour leur ‘public’ d’abonnés. Une simple suggestion.

Une faible visibilité ? Il n’est pas un théâtre, une compagnie, un acteur culturel qui ne mentionne dans sa pub ou son CV cette référence, « Prix de la Critique », en tant que lauréat ou simple ‘nominé’. De plus, le lendemain de la cérémonie, le palmarès est largement commenté dans la presse écrite et au JP de 8h de la RTBF et les lauréats invités dans les émissions culturelles de la RTBF. En 2017, Marie-Aurore D'Awans, meilleure seule en scène, intervenant, à la cérémonie,en faveur des migrants a été filmée par la RTBF et mise sur son site ‘culturel’ «Jour de relâche». Cette séquence a touché plus de …500.000 spectateurs et sa version surtitrée en flamand plus de 100.000 ! En matière de « visibilité » on fait pire ! Ce prix, culturel, a aussi des répercussions sociales, grâce à des acteurs/trices citoyen(ne)s.

Une faible visibilité ? En 2016 le metteur en scène suisse allemand Milo Rau, vedette internationale, devenu en 2018 directeur du NT Gent, était très heureux de recevoir un Prix spécial d’un jury…francophone. En présence des ministres Greoli et Gatz remettant, ensemble, un prix aux directeurs du Théâtre National et du KVS, Jean-Louis Colinet et Jan Goossens. En 2017, le quotidien flamand de référence ‘De Standaard’ titrait sur Alain Platel, prix spécial du Jury: « Prix de la critique: Alain Platel wint prestigieuze theaterprijs in Wallonië ».? Eh oui, nul n’est prophète …dans sa région.

4. Dernier critère : la demande de subvention (12.100 euros) au lieu de la subvention précédente (5350 euros).

Le CIAS s’étonne des ‘frais de bouche’ de 4000 euros dont 2800 pour le verre dit ‘de l’amitié’ et les zakouskis d’après cérémonie (calcul: 7 euros X 400 invités =2800, parfois proches de 600=4000). Que ces frais doivent être assumés par un sponsor ou le théâtre d’accueil, ce n’est pas à nous de juger. Restent que 8100 euros sur 12.100 ne sont pas contestés par le CIAS. Une somme, minimale, qui nous aurait permis de discuter, sans mendier, avec des institutions dont vous augmentez copieusement les subventions (de 2 .500.000 à 7 millions). Or chaque année, la plupart des institutions nous reprochent de n’apporter ‘que’ 3800/4000 euros, alors que leurs frais réels sont de 8/10.000 et les nôtres de 1700 euros. Alors, ‘combat de pauvres’ ? Pire : avec vous, Madame la Ministre, on passe de la pauvreté à la mendicité.

Conclusions :

Le CIAS refuse notre demande sur base de 3 ‘arguments’, ’pertinents’ pour vous, des contre-vérités pour nous. Le 4è, la suppression des ‘frais de bouche’, pouvait faire l’objet d’un simple refus motivé. Le CIAS est un organisme ‘consultatif’ qui n’oblige donc pas la Ministre. Or Madame Greoli qui s’est déplacée 2 fois à la cérémonie, a pu y constater la ‘pertinence’ de nos arguments. A-t-elle vraiment lu le rapport du CIAS ? Oublié ce qu’elle a pu voir et entendre par elle-même?

La suppression totale de la subvention aux Prix de la critique est donc un acte politique agressif qui désavoue un jury bénévole et prive moins les critiques que les acteurs des arts de la scène. Cette cérémonie d’hommage aide aussi à la promotion de carrières fragiles . Cet acte ministériel (délibéré ?) oblige à une réflexion collective des grandes institutions qui nous accueillent, des compagnies et des artistes professionnels. Toutes les options restent ouvertes.

Le CA des Prix de la Critique :

Christian Jade (RTBF.be), président. Nicolas Naizy(Metro/Belga) et Michèle Friche (Le Soir), vice-présidents. Catherine Makereel (Le Soir), secrétaire. Laurence Bertels (La Libre Belgique), trésorière.

L’AG des membres du jury:

Nurten Aka (Focus /Vif /L’Express), Laurent Ancion (C!rq en Capitale), Marie Baudet (La Libre Belgique), Gilles Bechet (Bruzz), Didier Béclard ( Demandez le programme), François Caudron (RTBF Musiq’ 3), David Courier (BX1), Dominique Mussche (RTBF.be).