Paying for it

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Le collectif La Brute donne la parole aux travailleu(r)ses du sexe. Sans fard, le spectacle redonne une humanité à des êtres stigmatisés. Ni victime systématique, ni perverse démoniaque, la prostituée se bat finalement pour toutes les femmes. Conçue comme une enquête, Paying for it se penche sur l’histoire, les tabous, l’hypocrisie et les stigmates de la prostitution en Belgique, investigation qui aborde au passage la place du sexe et des femmes dans la société. Sur scène, une dizaine de comédiens incarnent les témoins rencontrés dans cette recherche au long cours : un inspecteur de la brigade judiciaire en charge de la traite des êtres humains, une ancienne prostituée, un travailleur du sexe spécialisé dans les échanges sadomasos, une chercheuse, une écrivaine, une prostituée qui travaille à domicile, une autre qui œuvre dans un bar à champagne de la Nationale 4, ou encore une artiste-performeuse qui s’est penchée sur l’histoire du modèle de la Petite danseuse de 14 ans sculptée par Degas, emblématique des petits rats de l’opéra qui étaient aussi livrées au bon plaisir sexuel des abonnés du lieu.

Documenté mais non moins engagé, exhaustif mais non moins subjectif, le spectacle a le mérite de susciter le débat, de soulever le couvercle sur une question qui dérange les bien-pensants de tous bords, et d’éviter tout sensationnalisme racoleur. C. M.

Une production Wirikuta ASBL, en coproduction avec La Brute ASBL, Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, La Coop ASBL / Shelter Prod.

Création au Théâtre National

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Dimanche

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Dimanche,  la suite de Backup fait plus que tenir ses promesses. La forme courte initiale qui donnait à voir la fonte des glaces et la naissance attendrissante d’un ourson sur la banquise menacée introduit le nouveau spectacle. Ciel, une répétition ? Non, une accroche qui ne se dilue pas dans une suite molle mais porte le drame climatique chez nous, dans une famille paisible surprise dans ses habitudes. Les trois reporters initiaux parcourent le monde, scrutent les périls à venir, délivrent leur message via une caméra explorant le temps et l’espace, le ciel et les océans.  Leurs aventures rebondissent sur l’écran TV du vieux couple et leur Mémé. Cet écran devient le nôtre mais surtout la menace annoncée par la vidéo assaille la maison par des tempêtes décoiffantes et des inondations catastrophiques vécues "live" mais avec un humour qui les met à distance.
L’art des compagnies Chaliwaté et Focus est de rendre sensibles ces réalités sans tomber dans le prêchi-prêcha. Ce qui nous épate et nous bluffe, prêtant à frémir et sourire, c’est l’incroyable bricolage qui fait la force du récit avec ses "coups de théâtre" marrants et/ou inquiétants.
Le message est donc "écolo", d’actualité, mais dans une forme légère qui séduit tous les publics : les « vieux" y trouveront des tas de références et de "seconds degrés", les jeunes un rythme, un comique de situation, une dynamique de l’image qui emportent la salle dans une sorte de bonheur collectif, le but ultime de tout bon spectacle vivant. CJ.

de Julie Tenret, Sicaire Durieux, Sandrine Heyraud.
Un spectacle des compagnies Focus et Chaliwaté, en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs, le Théâtre de Namur, la maison de la culture de Tournai/maison de la création, le Sablier – Ifs (FR), Arts and Ideas New Haven (Etats-Unis), Festival Adelaide (Australie), Auckland Arts Festival (Nouvelle-Zélande) et La Coop asbl. Une production déléguée du Théâtre Les Tanneurs. Une production associée du Théâtre de Namur et de la maison de la culture de Tournai/maison de la création.

Création au Théâtre de Namur.

Des caravelles et des batailles

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En nous accueillant dans un refuge en montagne, Des caravelles et des batailles invite à pousser les murs de notre imaginaire. Il faut d’ailleurs tout imaginer de cet endroit de retraite qui accueille ses pensionnaires après de longues heures de marche. Pourquoi sont-ils là ? Pour sortir du monde, rien que ça. Une extraction d’un quotidien oppressant pour la pensée. Car ici, on reconstruit tout, y compris la vie qu’on se rêve, au sein d'une communauté libre de toute contrainte. À l’origine du projet construit par le collectif de comédiennes et comédiens qui le porte, Benoit Piret et Elena Doratiotto ont suivi ainsi le principe de Heiner Muller selon lequel l’imaginaire permet de dialoguer autrement avec le réel. Tout être humain porterait ça en soi, encore faut-il le révéler. Et ce spectacle rafraîchissant et profond de réussir à nous porter tout en nous surprenant par les étranges événements que vit cette communauté éclectique mais surtout sereine. On se pose et on s’écoute, du moins le croit-on. Car ce serait oublier le poids de l’histoire sur nos consciences – toujours écrite par les vainqueurs-, à l’image de cette fresque (invisible et à imaginer donc) retraçant les épisodes du massacre par Cortez de l’empire inca. Des caravelles et des batailles se sont aussi des références multiples, à Thomas Mann ou à Robert Musil, tout en laissant le public entrer dans son récit sans qu’il n’ait besoin de ses prérequis. Une fable intelligente et un appel au lâcher-prise, non sans conscience.-NN

d’Éléna Doratiotto et Benoît Piret.
Un spectacle de Wirikuta ASBL en coproduction avec Festival de Liège, Mars – Mons Arts de la Scène, Théâtre Jean-Vilar de Vitry- sur-Seine, Maison de la Culture de Tournai, La Coop asbl.

Création au Festival de Liège.