Himmelweg

/Himmelweg.png Himmelweg , le chemin du ciel... Ainsi se nommait au camp de Terezin la rampe reliant le quai de la gare à la porte de l'enfer. Les Allemands y avaient théâtralisé un ghetto juif modèle, où chacun « jouait » la vie, le bonheur pour duper les inspecteurs de la Croix-Rouge. L'un d'entre-eux, chaque nuit, réécrit son rapport : il a douté, il a photographié, mais n'a pas vu... Himmelweg re-construit l'inhumaine machination, diffractée selon les points de vue en une diabolique partition polyphonique de l'Espagnol Juan Mayorga. Sans pathos ni démonstration, elle nous laisse dans l'inconfort salutaire de questions sans réponses. Une pièce dense, en abyme théâtral, sur notre faculté d'aveuglement face à l'horreur, mais aussi un spectacle fascinant, poignant, qui vous piège au ventre et à la tête, orchestré par Jasmina Douieb. Par le biais de séquences filmées, répétées en modulations subtiles, par une direction d'acteurs qui laisse affleurer les ambiguités les plus troublantes, elle creuse scéniquement ces aller-retour entre évocation et représentation. Elle jongle à son tour avec les strates du réel et de la fiction, en double perspective: celle de la scénarisation du ghetto, de sa perception par les personnages et par le public. Un spectacle vertigineux, par des acteurs insondables – Michelangelo Marchese, Luc Van Grunderbeek et Jean-Marc Delhausse. M.F.

Himmelweg, de Juan Mayorga, mise en scène de Jasmina Douieb, scénographie de Renata Gorka, vidéo de Sébastien Fernandez. Atelier 210, en partenariat avec le Rideau de Bruxelles.

de Juan Mayorga
elu

Habit(u)ation

/Habituation.pngEntre habitation et habitude, Habit(u)ation nous plonge dans la tête d’une petite fille bien sage, à partir de l’idée saugrenue et horrible de faire bouillir son poisson rouge. Tout bascule : la nature environnante entre en révolte d’abord sourde, puis envahissante contre les personnages-acteurs. Une série de performances techniques transforme le théâtre en film d’horreur. Un objet théâtral «hors normes», avec peu de mots et le primat donné à l’image, au son, à l’atmosphère, plus importants que le jeu halluciné des acteurs, tous excellents. Anne-Cécile Vandalem poursuit une recherche cohérente, depuis son compagnonnage créatif avec Jean-Benoît Ugeux, de Zai Zai Zai à Hansel et Gretel, puis ses créations personnelles, dont Self Service, le début d’une trilogie dont Habit(u)ation est le deuxième volet. Une méditation sur la mort qui rode et la famille qui s’écroule. Une double plongée à la fois existentielle et formelle, puisqu’Anne Cécile essaie aussi de renouveler la forme théâtrale, la manière de raconter une histoire avec des défis technologiques différents à chaque pièce. Comme actrice elle éclatait déjà dans Et Dieu dans tout ça de Charlie Degotte. Bonne référence, non? C.J.

Habit(u)ation d'Anne-Cécile Vandalem, coproduction des théâtres de Namur, de la Place (Liège) et du Kunstenfestival des Arts (au Théâtre National). Est aussi passé par Mons (Manège). Repris à Tournai (Maison de la Culture, 24 et 25/11).

d'Anne-Cécile Van Dalem

Ivanov Re-Mix

/Ivanov_Re-Mix.pngArmel Roussel a le vent en poupe. Son spectacle Si demain vous déplaît lui avait valu la saison dernière le prix du meilleur spectacle; Ivanov Re/Mix s’inscrit comme la suite de cette précédente création. Avec la complicité de sa compagnie Utopia3, Armel Roussel poursuit son questionnement de toujours : comment vivre ensemble, comment assumer la dualité espoir/désespoir, engagement/désengagement, individu/collectivité. Il se livre ici à l’un de ses exercices favoris : réinventer une œuvre classique et en faire résonner les échos les plus contemporains. Mélangeant les deux versions existantes de la pièce – comédie et tragédie – Armel Roussel infiltre l’original de textes nouveaux. Ivanov est un monsieur tout le monde, il porte le nom le plus courant en Russie, c’est le Dupont de chez nous. Trentenaire brillant et intelligent, le voilà qui s’engourdit depuis quelque temps dans la mélancolie et l’apathie. Plus jeune, il a voulu s’engager dans le monde et changer le cours des choses, mais ses rêves ne se sont pas réalisés. Grâce au talent et à la vitalité d’une bande de comédiens épatants, Armel Roussel nous fait voyager entre la Russie de Tchékhov et notre aujourd’hui. Les interrogations de son anti-héros ont-elles changé de nature finalement ? Entre gravité et légèreté, rire et réflexion, un nouvel opus qui confirme le talent d’un de nos metteurs en scène les plus inventifs. D.M.

Ivanov Re/Mix d’après Anton Tchekhov, mise en scène d’Armel Roussel. Théâtre Les Tanneurs. Reprise au Théâtre de la Place du 15 au 19 novembre 2011

d'Armel Roussel