Bête de style

/Bête_de_style.pngCe n’est pas la première fois que Frédéric Dussenne s’attaque à l’œuvre de Pasolini : en 2010, alors que le Rideau était toujours implanté à Bozar, il avait déjà monté Affabulazione, autre texte fort de l’Italien. Mais cette fois, en ouverture de la saison dernière, le metteur en scène a carrément reconfiguré l’Atelier 210. Scène située à la place habituelle du public, jeux avec les gradins supérieurs, allers et venues parmi les spectateurs ont participé à la perte des repères : Frédéric Dussenne s’est lâché, en toute cohérence avec la révolte qui gronde dans Bête de style. Entouré d’une distribution jeune et harmonieuse (Muriel Legrand, Renaud Tefnin, Josselin Moinet…), le professeur au Conservatoire Royal de Mons a fait du chant un autre élément important de cette pièce puissante. Presqu’envoûtant, le chœur soutient avec conviction la logorrhée de Pasolini, glissée par celui-ci dans la bouche de son personnage central : Jan Palach, étudiant tchécoslovaque qui s’est immolé par le feu et double évident de l’auteur. A l'opposé de l'art de Pasolini, mais avec la même évidence scénique, Frédéric Dussenne a aussi mis en scène cette saison Occident de Rémi De Vos pour le Rideau de Bruxelles.. A.N

Bête de style, un spectacle de la Compagnie L’acteur et l’écrit, en coproduction avec l’Atelier 210 et le Rideau de Bruxelles.

I would prefer not to

/I_Would_Prefer_Not_To.pngSelma Alaoui a le goût du risque. Avec Bartleby de Melville et La Mère de Witkiewicz, textes non-théâtraux, elle mêle deux univers assez éloignés, unis par le sentiment d’échec et la mélancolie : une synthèse d’une justesse étonnante. Le scribe Bartleby, employé modèle d’un «bon patron» entre dans une dissidence aussi polie qu’implacable, résumée par la formule «I would prefer not to » (je préférerais ne pas). Mais la dissidence sociale creuse plus profond. Avec La Mère, Selma Alaoui reconstruit un des fondements de la mélancolie, le rapport, complètement tordu et joyeusement iconoclaste, entre une mère et un fils: Anne-Marie Loop et Vincent Minne forment un «couple» explosif qui nous rend proche cette folie douce. Selma Alaoui, Française, maîtrise de lettres en poche, se forme à l’Insas et refait sa famille en Belgique, comme actrice et metteuse en scène. Actrice elle déploie une énergie convaincante dans Blanche-Neige de Nicolas Luçon, la reprise de Hansel et Gretel, d’A-C. Vandalem et J.B. Ugeux ou encore Ivanov Re/Mix d’Armel Roussel. Dès 2007, sa mise en scène d’Anticlimax, de Werner Schwab, lui vaut un des prix de la critique, comme meilleure découverte. Cerise sur le gâteau: cet automne elle est assistante de K.Warlikowski, pour Trois contes africains d’après Shakespeare, au Théâtre de la Place. C.J.

I would prefer not to de Selma Alaoui (d’après Melville et Witkiewicz) au Théâtre des Tanneurs.

Nothing Rien Niks Nada

/Nothing_rien_niks_nada.pngProfession : humoriste, clown, pitre… Eric De Staercke n’a pas choisi la voie la plus facile. Provoquer le rire tout en fuyant la vulgarité, la démagogie, la grossièreté du trait. Avec la complicité de sa compagnie Panach’Club, Eric De Staercke nous a déjà offert de beaux moments d’humour, toujours à l’affût de thématiques inexplorées, de formes scéniques inédites. La saison dernière, il lançait un défi radical : dans Nothing Rien Niks Nada, pas un seul mot n’est prononcé par les neuf comédiens convoqués sur le plateau. Et pourtant, en bout de course, l’essentiel est dit. Au départ, dix chaises attendent face au public, alignées en fond de scène. Neuf visiteurs viendront les occuper, chacun tentant de déloger son voisin pour gagner ainsi une place dans la file. Pour aller où, frapper à quelle porte, rencontrer qui? Mystère… Il leur faudra pourtant suivre des consignes, prendre un ticket… et surtout, attendre. L’attente aiguise les nerfs et les désirs, les sentiments de toute nature s’exacerbent. Eric De Staercke dessine en virtuose les comportements dérisoires de ces personnages en quête de sens. Il excelle à croquer les individus tout en orchestrant, en chorégraphe inspiré, les mouvements d’ensemble. Un spectacle très drôle qui nous renvoie au meilleur cinéma muet pour nous dévoiler une humanité pathétique confrontée au Rien. D.M.

Nothing Rien Niks Nada de et par le Panach’Club. Mise en scène Eric De Staercke. Atelier 210