Intérieur Voix

/photos/2015-Interieur_voix_.pngIntérieur voix ou la chronique d’une voix perdue et retrouvée! Tel est l’un des singuliers spectacles de la saison écoulée. L’histoire d’une comédienne qui perd sa voix sur scène lors d’une tragédie grecque. C’est l’histoire véridique de Delphine Salkin qui se déploie avec de superbes complices : Pierre Sartenaer, Isabelle Dumont et Raymond Delepierre à la création/manipulation sonore « live ». Poétique et intellectuel, Intérieur voix fourmille d’un matériau étonnant qui fait drôlement spectacle : archives sonores, fiches médicales, ondes électromagnétiques, voix métamorphosées,… et l’émotion comme un fil conducteur. D’un destin si particulier, Intérieur voix se déploie, fluide et ludique, en un récit universel au plus près de l’intime. De quoi remuer pour longtemps son spectateur…  N.A

« Intérieur voix », un projet de Delphine Salkin, en création collective avec Isabelle Dumont, Pierre Sartenaer  et Raymond Delepierre.  Créé au Rideau de Bruxelles.  

Liebman Renégat

/photos/2015-Liebman_Renegat_2.pngMarcel Liebman est un juif, mais un juif atypique, « un renégat à la solde des arabes », disent certains. Brillant intellectuel, professeur de renom à l’ULB et à la VUB, militant marxiste prêt à toutes les révolutions. Riton Liebman déroule l'histoire de son père, ce petit juif qui se cachait pendant cette guerre qui lui prendra son frère, déporté à Auschwitz. L'histoire de cet adolescent gouailleur mais bûcheur, toujours premier de classe. L'histoire de cet étudiant toujours brillant qui, en plus de ses études, apprend seul six langues, rencontre Adeline - sa future femme - et sa famille, juive mais plutôt de gauche. Il raconte leur départ pour Londres et la rencontre décisive avec le philosophe marxiste Ralph Miliband. Riton raconte son père professeur d'université spécialiste du marxisme, juif pro-palestinien qui affirmait que « le peuple palestinien a été spolié de ses terres et qu'avoir vécu à un endroit il y a 2.000 ans et avoir connu la shoah n'autorise pas les juifs à persécuter un peuple ». Une conviction qu'il reprend à son compte et qui déteindra même sur son propre fils. Riton raconte l'histoire de son père, vue par ses yeux d'enfant charmé par ce père attentionné, vécue par cet adolescent oisif puis par ce jeune adulte déboussolé. En creux, Riton raconte sa propre histoire, dans ce qu'elle a eu de joyeux comme dans ce qu'elle a eu de plus sombre, sans ostentation, avec pudeur mais sans occulter certaines vérités. Riton Liebman porte, de bout en bout, cet héritage familial avec aisance, justesse, humour et émotion. D.B.

 Liebman renégat  de et avec Henri Liebman, avec la collaboration de David Murgia. Production du Théâtre de l'Ancre en coproduction K / Théâtre Varia. Créé en février 2015 au Théâtre de l'Ancre, Charleroi.

Vania!

/photos/2015-Vania.pngOn croyait Tchekhov simplement indémodable, Christophe Sermet le rend glorieux et déchirant avec ce Vania ! monté pour le Rideau, au Marni, dans une traduction neuve de Natacha Belova, une scénographie habile de Simon Siegmann et une distribution vitale où, autour de l'impétueux Vania de Philippe Jeusette, scintillent en polyphonie Anny Czupper, Francesco Italiano, Sarah Lefèvre, Sarah Messens, Pietro Pizzuti, Yannick Renier et Philippe Vauchel. De l'originel “Oncle Vania” s'effacent le pittoresque, l'ornement, au profit d'une version plus directe et quotidienne, qui pour autant n'esquive aucun des sentiments qui l'émaillent, ni ne veut à tout prix être d'aujourd'hui ; elle avance dans cette éternité qui nous lie à l'auteur. Elle nous parle, fredonne et ose se taire, elle soupire et rugit. Limpide sans simplification, elle assume sa source et son envol. Outre le texte neuf, l'écriture vit sur le plateau même, dans l'instant de la représentation et les échos qu'elle laissera, dans le jeu si plein de vie et de désarroi et de drôlerie qu'il parle directement aux tripes et vous gonfle le coeur d'émotions vives. Choral, musical – embrassant en cela l'esprit de l'auteur –, mais sans chaises longues ni petites tables à thé, à rebours du naturalisme où Tchekhov est souvent cantonné, Vania! développe un “petit enfer campagnard” où sous la banalité apparente de l'existence tout dérape insidieusement. Christophe Sermet s'est attaché à rendre palpable le juste équilibre entre l'humour et la tragédie, entre envies de mort et pulsion de vie. Sa réussite a de l'ampleur et de la finesse : le surprenant pouvoir des giboulées. M.Ba.

Vania ! – nouvelle traduction d'Oncle Vania” d'Anton Tchekhov, mise en scène de Christophe Sermet, coproduction du Rideau de Bruxelles et de la Cie du Vendredi. Création au Marni, Bruxelles, novembre 2014, puis en tournée.