string(19) "2018-11-14 07:23:44" object(DateTime)#335 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } False Les prix de la critique

L'éveil du printemps

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Une pièce parlant ouvertement de sexe au sein d’une bande d’ados de 14 ans, en 1891, dans l’Empire allemand, ça faisait plutôt mauvais genre ! L’Éveil du Printemps

Pourtant Wedekind y voyait plutôt « une peinture ensoleillée de la vie associant humour et insouciance » et Armel Roussel fonce dans cette porte ouverte pour dialoguer dans la joie et la mélancolie avec le grand maître allemand. Il l’adapte dans un langage contemporain, conscient que le rapport actuel à la pornographie rend caduque la pudeur mais pas les troubles familiaux. Rapports aux parents et profs abusifs, interrogations sur l’identité sexuelle et les tabous sont dans la tête des jeunes comme des moins jeunes. Et si la nudité des corps a curieusement dérangé quelques spectateurs/trices, d’autres y ont vu un acte de franchise bienvenu pour un texte dont le centre est le désir de vie et l’appel de la mort.

La scénographie très simple – un sol recouvert de terre où les corps roulent leurs désirs ou enfouissent leurs échecs – permet de déployer une esthétique baroque rythmée par deux jeunes "pop rockeuses". L’interprétation exige un esprit choral, spécialité maison, et de fortes personnalités : Nicolas Luçon et deux découvertes, Judith Williquet et Julien Frégé, assument brillamment le trio central. « Je rêve, dit Roussel, d’un spectacle qui nous nettoie et nous donne le goût d’être soi sans fard. ». Mission accomplie. Un Roussel de maturité. Chr.J.

L’éveil du Printemps de Frank Wedekind, mise en scène d’Armel Roussel. Créé au Studio du Théâtre national.

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L'Herbe de l'oubli.

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Ancré dans l'actualité, théâtre documentaire, «L'Herbe de l'oubli», (comme l’absinthe, traduction en russe de «Tchernobyl») marquera les esprits. A l'image de cette absence de sensations, guerre invisible dont témoignent les Ukrainiens qui ne voyaient, n’entendaient, ne sentaient rien mais savaient le danger omniprésent, rampant. Outre ses voyages en Biélorussie et en Ukraine, dans la ville fantôme de Pripiat, l'auteur et metteur en scène Jean-Michel d'Hoop s’est également inspiré de «La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde d’après l’Apocalypse» de Svetlana Alexievitch, Nobel de littérature. Il y a, par ailleurs, comme un air de « Cerisaie » dans cette maison ouverte aux vents. Structure de bois, résidu du passé ou promesse d’avenir, unique décor dont la toile de fond servira de support aux vidéos de Yoann Stehr, espace d’engagement, entre les êtres d’hier et d’aujourd’hui, de chair, de mousse, de cendre ou de chiffons. De taille parfois surhumaine, habillées d’un trois pièces défraîchi, la tête calcinée mais le cou orné de perles, le visage décrépit d'enfant éperdu là où les bébés naissent déjà malades, les marionnettes prennent vie... Autant de tableaux oniriques, fantomatiques et émouvants alternant avec la galerie de portraits des habitants de la région interprétés par d’habiles comédiens et marionnettistes, le débonnaire Corentin Skwara, l’enthousiaste Léa Le Fell, le fringant Benjamin Torrini, la délicate Léone François Janssens ou encore la sensible Héloïse Meire. Entre coup de poing et chaleur humaine. (L.B.)

« L’Herbe de l’oubli », écriture et mise en scène de Jean-Michel d’Hoop (Cie Point Zéro), créé au Théâtre de Poche. Coproduction Théâtre de Poche et Coop asbl.

Au Théâtre des Doms, à Avignon, du 6 au 26 juillet, tournée en Belgique francophone de janvier à juin 2019.

La Reprise - Histoire(s) du théâtre(I)

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Après l'affaire Dutroux pour Five Easy Pieces (qui lui a valu le Prix Spécial du Jury il y a deux ans), l'auteur et metteur en scène suisse Milo Rau s'est attaqué à un autre épisode sombre de l'histoire contemporaine belge : l'affaire Ihsane Jarfi, du nom de cet homosexuel tabassé puis laissé à l'agonie, nu, dehors, dans la région de Liège en avril 2012. Tué par quatre jeunes qui étaient pour lui, quelques heures auparavant, de parfaits inconnus.

Avec un casting mêlant francophones et néerlandophones (dont le grand Johan Leysen, s'offrant au passage un monologue shakespearien), mais aussi professionnels et amateurs, Milo Rau décortique son propre processus de construction avant d'asséner sur scène toute la violence des faits. Jusqu'à l'insoutenable, jusqu'à l’écœurement. Tout ce qui est montré ici est faux, n'étant « que » du théâtre, mais tout ce qui est montré ici s'est vraiment passé. La superposition des couches de réalité et de pure fiction donne le vertige tandis que Rau déterre les semences du mal, contenues en chacun de nous, et qui n'attendent parfois que le plus stupide des hasards pour croître à toute vitesse et tout envahir. E.S.

La Reprise – Histoire(s) du Théâtre (I) : Concept, texte et mise en scène Milo Rau 

Avec Sara De Bosschere, Suzy Cocco, Sébastien Foucault, Fabian Leenders, Johan Leysen, Tom Adjibi  Créé au Théâtre National dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Du 7 au 14 juillet au Festival d'Avignon, du 6 au 9 septembre à la Schaubühne à Berlin, du 22 septembre au 8 octobre au Théâtre des Amandiers Nanterre à Paris...