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Baby Macbeth

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Jouer Shakespeare en vieil anglais pour les bébés et captiver leur attention, tel est le défi relevé par Agnès Limbos, qui s’intéresse, pour la première fois, aux tout-petits avec l’envie de leur offrir un théâtre de grande qualité. Elle en a les clés, le don et l’exigence. La scénographie semi-circulaire, à même le plateau, dans laquelle elle installe le public crée un climat, une proximité. Comme ce tissu qui recouvre la scène et les chaises bébés dans lesquelles trônent les petits monarques. Couronne, diadème, velours et plume au chapeau, ils participent pleinement au spectacle: «My dear princes, my dear princesses, dukes and duchesses…» La comédienne, grande figure du clown tragique également, accueille les enfants au «Shakespeare congress». Lumière tamisée, candélabre miniature, énorme livre de carton intitulé «Hamlet»... Toute la puissance évocatrice des objets...

«Hamlet» donc mais aussi «Roméo et Juliette» incarnés par des poupées aux robes chatoyantes avant l’affrontement des Montaigu et des Capulet que l’artiste annonce en sortant deux épées. «It’s a tragedy». A.Limbos accroît la tension avant une scène du balcon où apparaît l’univers onirique qu’on lui connaît: loupiotes, lierres, Juliette… Sa poitrine devient théâtre à part entière pour que s’y niche l’une des plus célèbres scènes du grand dramaturge... Les accords de Joachim Caffonnette contribuent à créer une atmosphère hors du temps pour ce spectacle qui fascine le tout jeune public et lui donne déjà le goût de l’art. (L.B)

 

« Baby Macbeth », de et par Agnès Limbos (Cie Gare Centrale). Mise en scène Agnès Limbos; Sabine Durand accompagnatrice dramaturgique. Créé au Festival mondial de marionnettes à Charleville-Mézières, en septembre 2017. Coproduction le Théâtre de la Guimbarde. Les 10 et 11 juillet au festival Idéklic à Moirans-en-Montagne, le 18 août au festival de Spa, le 5 janvier au Théâtre de Namur, en tournée toute la saison prochaine à l’étranger .

Chacun son rythme

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Avec un humour tonitruant – et un stratagème improbable – la compagnie Cryotopsie se charge de l’éducation sexuelle de vos enfants. Le spectacle désamorce une foule de questions taboues sur l’anatomie des garçons et des filles, le plaisir (solitaire ou non), l’homosexualité, la pornographie ou encore la pratique illégale des « photos volées », phénomène qui se répand comme un feu de poudre chez les ados depuis l’avènement des téléphones multifonctions et des réseaux sociaux.

L’idée géniale de Chacun son rythme ? Transposer nos fonctions sexuelles sur deux appareils de fitness : vélo pour les garçons, marche pour les filles. Résultat : sans jamais être embarrassant, la pseudo-conférence détourne de manière hilarante les sujets les plus intimes. Le casque de cycliste fait office de protection, un « gonfleur clitarcique » évoque la jouissance, les pistons de la machine sportive illustrent les aspects plus techniques.

C’est ainsi que, sans jamais utiliser un seul terme sexuel, la pièce regorge d’allusions à ces transformations hormonales et ces échanges charnels qui intriguent, effraient ou obsèdent les adolescents. Loin d’être vulgaire, Chacun son rythme distille au contraire des messages salutaires sur le respect de son corps et du corps de l’autre, et quelques pointes d’ironie féministes. Sans compter que cette formation repose sur deux conférenciers en apparence plutôt coincés mais que toutes ces démonstrations scientifico-sportives vont peu à peu dégeler. C.Ma.

Chacun son rythme, Compagnie Cryotopsie, créé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy 2017.

La guerre des buissons

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Mené tambour battant par le Théâtre des 4 mains et inspiré d’un roman de Joke Van Leeuwen, «Toen mijn vader een struik werd» («Quand mon père est devenu un buisson») «La guerre des buissons» raconte le conflit à hauteur d’enfant avec justesse, rythme et tendresse.

Dans un français revisité, un médecin demande à la petite Toda comment elle se sent. La fillette ne comprend rien à ce langage alambiqué et le jeune spectateur pressent qu’elle se trouve en terre inconnue. Comment est-elle arrivée là ? Retour sur son histoire, dans l’atelier de son père pâtissier connu pour faire les meilleures tartes aux amandes de la ville. Mais au loin, ou plutôt à l’étage dans ce décor tout en camouflage, le bruit des bottes se fait entendre. Le père doit partir à la guerre. Et se déguiser en buisson. Pour être à l’abri, Toda ira se réfugier chez sa grand-mère, puis traversera la frontière au bout d’une route chaotique et surtout à bord du camion d’un passeur peu scrupuleux.

Cette histoire linéaire de guerre racontée à travers le prisme du ressenti de la petite Toda se suit de bout en bout et parcourt des scènes de vie, à l’orphelinat, au home pour personnes âgées, aussi suggestives que bien rendues. De tailles différentes, dans un décor amovible et multiple, les marionnettes expressives manipulées avec dextérité par Anaïs Pétry, Marie-Odile Dupuis et Simon Wauters, évoluent naturellement sous nos yeux et cette première mise en scène de Jérôme Poncin s’inscrit parfaitement dans la mission du théâtre jeune public.(L.B)

«La guerre des buissons», du Théâtre des 4 mains. Mise en scène de Jérôme Poncin. Créé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy 2017. En tournée dans toute la Communauté française en tout public avec une vingtaine de dates et une centaine de représentations scolaires. En tournée en France avec vingt-cinq dates également. Plus d’infos sur theatre4mains.be/tournee-guerre-des-buissons-2018/19