Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu

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Dans le flux continu de l’actu, on ne les voit même plus. Des milliers de noyés en Méditerranée, des  marées humaines  aux portes – aux murs – de la Hongrie, des grappes d’hommes échoués sur les barbelés de Mellila, des villages de réfugiés improvisés dans un parc bruxellois : sous le rouleau compresseur de l’information, le migrant n’est plus qu’un vague cliché nourrissant les discours sécuritaires de politiques décomplexés. Quand un enfant meurt sur une plage, l’émotion nous étrangle, mais quand ce sont des milliers qui périssent, ils en deviennent des chiffres, des abstractions.

 

Comme un caillou dans la botte de l’Europe, le Nimis Groupe scrute sa politique migratoire de A à Z. Un travail documentaire spectaculaire, transposé sur scène à l’aide de demandeurs d’asile, témoins de première main. On plonge avec eux dans le voyage de tous les dangers, les procédures administratives, les entretiens humiliants, les centres fermés, les impasses qui persistent une fois le titre de séjour obtenu. Et surtout, on cerne les enjeux économiques méconnus derrière la gestion des « flux ». Une analyse à la fois pointue et drôlement décalée. Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu redonne un visage à ces hommes et femmes venus de Guinée-Conakry, Mauritanie, Cameroun ou Congo RDC. C.M.

Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu, du Nimis Groupe, création au Théâtre National, Bruxelles. Production du Nimis Groupe. Coproduction : Théâtre National, le Festival de Liège, La Chaufferie-Acte1, le Groupov, Arsenic 2.

Cold Blood

/photos/2016-cold-blood-1.png« Les morts c'est comme les vies, il n'y en a pas deux pareilles » et à chaque mort, une vie lui correspond qui s’achève. Contrairement à l'idée généralement répandue, lorsqu'on meurt, on ne voit pas défiler sa vie. On ne garde qu'une image qui n'est pas toujours celle que l'on croit. Sur le même concept, retravaillé, de cinéma éphémère (des scènes jouées dans des décors miniatures sur le plateau, filmées en direct et projetées au même instant sur grand écran) développé dans Kiss and Cry, le dernier spectacle de Michèle Anne de Mey, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig propose une expérience d'hypnose collective au cours de laquelle le public vivra sept morts et découvrira donc sept vies. Loin d’un simple copier-coller, les deux spectacles ont des traits de ressemblance – le procédé, la créativité, la poésie, la réussite – mais ont chacun leur personnalité et leur richesse propre. Le spectre des scènes chorégraphiques s’est élargi, les mains continuent à danser rejointes par des bras, des nuques, un corps. Avec beauté et émotion, et beaucoup d’ironie, Cold Blood traite de l’absurdité de la mort pour mieux mettre en lumière combien la vie, elle aussi, peut être incongrue. D.B.

Cold Blood  de Michèle Anne De Mey, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et le collectif Kiss & Cry. Création au Théâtre le Manège à Mons.

Production déléguée Le Manège.Mons (BE), Production exécutive Astragale asbl (BE), Producteur associé Théâtre de Namur (BE), Coproduction Charleroi Danses (BE), la Fondation Mons 2015, KVS (BE), Les Théâtres de la Ville de Luxembourg (BE), le Printemps des comédiens (FR), Torino Danza (IT), Canadian Stage (CA), Théâtre de Carouge (CH), Théâtre des Célestins (FR). Reprises les 8, 9, 11 et 12 octobre au PBA de Charleroi

Tristesses

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Sur une île danoise, dans une minuscule communauté de 8 personnes on a découvert la vieille Ida, pendue au mât, enveloppée dans le drapeau danois. Suicide ou...? Sa fille, Martha, cheffe d’un parti populiste, débarque soudain, glaciale, pour des funérailles où elle prend le pouvoir avec un cynisme tranquille.

Sous l’intrigue politico-policière, la fascination vient de l’ambiguïté des sentiments familiaux et de l’art de multiplier les questions sans réponse et les faux semblants. Rien ni personne n’est clair, en intentions ou en actes. Anne-Cécile Vandalem qui joue le rôle principal de cheffe du parti populiste manipule allégrement son petit monde. Et ses co/acteurs, du pasteur aux petites filles, répandent habilement des ambiguïtés en miroir.

L’autre force du spectacle c’est l’art de jouer avec les codes et les moyens techniques. Anne-Cécile pratique habilement le mélange, classique, du cinéma et du théâtre. Mais au lieu d'écraser le théâtre par une vidéo dominante qui fait oublier la scène elle joue simultanément sur l'espace théâtral et l'écran. Au public de choisir son angle, plan large ou gros plan. Ajoutez le remarquable travail vidéo d’Arié Van Egmont, la scéno de Ruimtevaarders qui ramasse le village comme une épure et les lumières d’Enrico Bagnoli qui traduisent l’inquiétude générale. Enfin le remarquable travail live des musiciens Vincent Cahay, Pierre Kissling et de la soprano Françoise Vanhecke rythme le climat général d’inquiétante étrangeté.

A ce jour, l’œuvre la plus ambitieuse d’Anne-Cécile Vandalem, actrice, autrice du texte et metteuse en scène : la totale. C.J

« Tristesses » d’Anne-Cécile Vandalem. créé au Théâtre de Liège. Invité au Festival d’Avignon (IN)

Production  Das Fräulein (Kompanie), coproduction Théâtre de Liège (Be), Théâtre National de la Communauté française (Be), Le Volcan- Scène Nationale du Havre (Fr), Théâtre de Namur (Be), Bonlieu- Scène Nationale d’Annecy, Le Manège.Mons, Maison de la Culture d’Amiens – Centre européen de création et de production. Coproduction dans le cadre du projet Prospero : Théâtre National de Bretagne, Théâtre de Liège, Schaubühne am Lehniner Platz, Göteborgs Stadsteatern, Théâtre National de Croatie / World Theatre Festival Zagreb, Festival d’Athènes et d’Epidaure, Emilia Romagna Teatro Fondazione