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Is there life on Mars ?

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Théâtre sensible et sensoriel sur l’autisme ! En amont, la metteuse en scène, Héloïse Meire (Cie What’s Up) , a récolté, deux ans durant, des témoignages d’autistes et de leur entourage. C’est un des spectacles les plus singuliers de la saison tant par sa forme et son contenu. Sur scène, première surprise : le «verbatim», le mot à mot sans incarnation, en distanciation. Les comédiens écoutent dans leurs écouteurs les témoignages récoltés : réflexions, anecdotes, histoires vécues, peurs, regards sur le monde… qu’ils nous restituent « texto », en intonation fidèle, avec le corps comme langage. Troublant. Le filet est ténu montrant au passage la prouesse des quatre excellents comédiens (Muriel Clairembourg, Jean-Michel d’Hoop, Léonore Frenois et François Regout). Deuxième surprise : décaler et poursuivre cette parole-univers par une dimension onirique puissante, inspirée des arts plastiques et d’artistes autistes. Les comédiens se déploient dans des scènes-œuvres à la Jeroen Hollander, Erwin Wurm, Roman Opalka… Une scénographie fluide de Cécile Hupin, concentrée sur une armoire-surprise d’où sortent les objets des histoires racontées. Le spectacle flirte joliment, discrètement, avec l’installation artistique. Sans oublier la patte raffinée du mouvement (Sandrine Heynaud), de la sonorisation (Guillaume Istace), des lumières (Jérôme Dejean), de la création vidéo (Mathieu Bourdon).  

If there life on Mars? est un superbe spectacle à perceptions kaléidoscopiques tout en gardant une ligne claire! La bel ouvrage nous fait entrevoir le monde intérieur de l’autisme «privé de la barrière protectrice du langage, submergé du réel, dans un monde chaotique ».

Sans pathos, emplie de poésie et d’émotion, cet étrange opus a réussi son pari : imbiber le spectateur de cette autre réalité qui nous échappe. Une création artistique brillamment construite et interprétée. Bravo !  N.A.

Is there life on Mars ?, d'Héloïse Meire (Compagnie What’s Up ?!). Créé au Théâtre National. Coproduction Festival de Liège Reprises : du 6 au 26 juillet 2017 à Avignon au Théâtre des Doms  et en tournée en Belgique francophone en février-mars-avril 2018

d'Héloïse Meire (Compagnie What’s Up ?!) Créé au Théâtre National Coproduction Festival de Liège Nurten Reprises : du 6 au 26 juillet 2017 à Avignon au Théâtre des Doms et en tournée en Belgique francophone en février-mars-avril 2018

Apocalypse bébé

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Deux femmes que tout oppose vont s'allier pour se lancer sur la trace de Valentine -une audacieuse Eline Schumacher-, une ado un peu paumée. Il y a d'une part Lucie -une Mélanie Zucconi irrésistible-, naïve enquêtrice, et il y a d'autre part la Hyène – une intrigante Marie Bos-, lesbienne aux techniques musclées. C’est bien des femmes dont nous parle la romancière Virginie Despentes, de sa plume trash et sans fard. Selma Alaoui parvient à mettre en parallèle les parcours des enquêtrices et, par flashbacks, celui de la jeune ado dans sa quête d’un modèle féminin maternel. Ce personnage central qu'on découvre aussi au travers du regard des autres, proches ou pas. Ses personnages typés sont autant d'identités en marge que Selma Alaoui avait envie d'explorer, pour sortir de nos sentiers battus, leur donner la parole et « montrer leur intériorité » bien plus complexe : la mère superficielle (Florence Minder), le petit gars du quartier mi-racaille mi-altermondialiste (Aymeric Trionfo), l’écrivain mondain (Achille Ridolfi). La pièce renforce parfois la caricature pour y insuffler une dose d’humour. Mais elle n’en reste pas de moins un sacré coup de pieds dans les burnes d’une société machiste marquée par la violence à l’égard des femmes. Un plaidoyer punchy dans une ambiance pop, tantôt lumineuse, tantôt dark, grâce à une scénographie mouvante de Marie Szersnovicz. On est constamment plongé dans une sorte de rêve d’enfant flirtant toujours avec le cauchemar d’adulte. C’est du Despentes, qui ne prend pas de gants avec la discrimination qu’elle dénonce, parce que celle-ci n’en prend pas non plus quand elle entend répéter, génération après génération, une hiérarchie des genres aussi impitoyable qu’injuste. (N.N.)
Apocalypse bébé, mise en scène de Selma Alaoui d'après Virginie Despentes (Collectif Mariedl). Créé au Théâtre de Liège. Coproduction Théâtre de Liège, Théâtre Varia, Théâtre de Namur, Manège.Mons

de Selma Alaoui d'après Virginie Despentes (Collectif Mariedl) Créé au Théâtre de Liège Coproduction Théâtre de Liège, Théâtre Varia, Théâtre de Namur, Manège.Mons

Les enfants du soleil

/photos/2017-LES_ENFANTS_DU_SOLEIL_Marc_Debelle.JPGVous vous embarquez pour un voyage de 2h 30 … Qu'importe ! Christophe Sermet vous happe dès les premières minutes et vous plonge dans un tourbillon sans failles! Dans la foulée de son Vania ! élu meilleur spectacle 2015. Il signe cette saison Les enfants du soleil (d'après Gorki), un texte foisonnant, où s'entrechoquent dix personnages, mini-société vivifiée par la traduction/adaptation savoureuse de Natacha Belova et de Sermet, qui ne trahit pas Gorki ! Russe jusqu'au bout des répliques, mais universel dans sa quête de vouloir saisir l'avenir à pleines mains, de s'y écorcher, de s'aveugler... mais d'y croire, toujours. Artiste associé du Rideau de Bruxelles, Sermet est l'un de nos metteurs en scène les plus innovants, d'une intelligence scénique diabolique. Si Gorki parle de la Russie de 1905, où la révolte gronde, en prélude à l'explosion de 1917, mais Sermet lui ouvre les portes de notre monde, de ses gouffres et de ses rêves. Il trace son chemin dans cette forêt touffue, où l'on parle d'art et d'amour, de sciences et de mort. Comédie et tragédie, hérissées de pointes d'hystérie et nappées de mélancolie.... Les enfants du soleil, c'est aussi un vivier formidable de 10 comédiens, les Yannick Renier, Marie Bos, Philippe Jeusette, Claire Bodson, Gaétan Lejeune,Vanessa Compagnucci, Consolate Siperius, Gwendoline Gauthier, Jacopo Bruno, Francesco Italiano, des artistes que l'on croit connaître et que Sermet réinvente à chaque scène, tous denses, justes, émouvants et drôles. Ils s'éclatent dans la scénographie et les lumières de Simon Siegmann, autour d'une vaste table où les idées se hachent menu, devant un mur jaune transversal, qui coupe à demi le plateau, laissant deviner l'arrière plan, et où s'accroche une vidéo étonnante, en direct, pas réaliste pour un sou, mais multipliant les perspectives. Du grand art ! (M.F.)
Les Enfants du soleil, d'après Maxime Gorki, mise en scène de Christophe Sermet (Compagnie du Vendredi). Production Le Rideau de Bruxelles, créé au Théâtre des Martyrs de Christophe Sermet d'après Maxime Gorki (Compagnie du Vendredi) Créé au Théâtre des Martyrs Production le Rideau de Bruxelles