Éloge de l'altérité

/photos/2022-EDA-Michel_Boermans.png

Sans le profiler comme un spectacle-testament, Isabelle Pousseur signe avec Éloge de l'altérité une somme, une plongée dans ce qui fut et demeure la source vive de son art: l'autre. La simplicité généreuse de ce que la metteuse en scène, elle-même sur le plateau, donne à voir ici inclut résolument la transmission, chère au coeur de cette pédagogue passionnée. Articulée en dialogues, cette conférence théâtrale et musicale - qui n'oublie jamais qu'elle est un spectacle - contient le voeu de sa conceptrice d'inclure dans cette réflexion sur l'altérité au théâtre "la possibilité de penser autre chose que le théâtre : une vie collective".

C'est peu dire qu'elle y parvient tant Éloge de l'altérité expose, analyse, condense l'essence du rapport humain. Ainsi, mettre en scène suppose de "créer une équipe en même temps qu'un spectacle", estime celle qui, également, affirme : "Rien n'arrive si on refuse ce risque : se perdre".

Avec la complicité dans l'échange de Bogdan Kikena - naguère son élève à l'Insas - et dans les volutes musicales de Jean-Luc Plouvier, mais aussi de Francesco Italiano, de Paul Camus, de Chloé Winkel, d'Amid Chakir et d'autres qui, peu à peu, contaminent la forme conférence par le jeu théâtral, Isabelle Pousseur pousse l'exercice jusqu'aux confins de la confidence, dans un geste artistique que toujours, créatrice ambitieuse, elle a l'humilité de ramener à sa plus simple expression: "Je regarde quelqu'un travailler, essayer, jouer... et je fais en sorte que ce regard (ou cette écoute) soit à la fois un accueil et un élan, un moteur de l'agir." M.B.


 

  • Éloge de l’altérité, d’Isabelle Pousseur

Un spectacle du Théâtre Océan Nord en coproduction avec La Coop asbl et Shelter Prod.

Création au Théâtre Océan Nord.

George de Molière

/photos/2022-George_de_Molière_2_Anoek_Luyten.png

George, c'est l'histoire d'un mariage arrangé entre un paysan désireux d'adjoindre une particule à son nom et une jeune demoiselle de condition qui n'a d'angélique que le prénom. C’est une comédie-ballet composée par Jean-Baptiste Poquelin dit Molière et son comparse Lully, il y a près de 400 ans et qui pourrait (presque) avoir été écrite aujourd’hui. George, c’est surtout un divertissement royalement jouissif de la Clinic Orgasm Society, une compagnie qui porte bien son nom.

Elle a pris au premier degré cette Pastorale - oeuvre littéraire, artistique ou musicale s'inspirant de sujets champêtres ou ayant pour personnages des bergers- en convoquant sur la scène des bergers, des bergères et leurs moutons, pour parler et chanter, sur son de musique électro et en costumes bling-bling, mépris de classe, rapport de domination, patriarcat, mariage arrangé, hypocrisie de l’église, argent-roi qui ne permet pas tout. On se marre devant tant de réjouissances burlesques, on se régale de voir tant de monde sur scène où il se passe partout quelque chose et on jouit de la morale de l’histoire qui voit les femmes revendiquer, déjà, le droit d’aimer qui bon leur semble. Le genre de grand divertissement loufoque, ébouriffant, populaire et intelligent que j’aurais adoré voir et montrer à la télévision. C. Br.

George, de Molière. Le Grand divertissement de la Clinic Orgasm Society,

Création au Théâtre Varia en avril 2022

Mise en scène de Ludovic Barth et Mathylde Demarez

Interprétation Yanne Blanc, Raphaëlle Corbissier, Adrien Desbons, Grégory Duret, Eline Schumacher, Olivia Stainier, Clément Thirion. Scénographie de Zouzou Leyens, Création Lumières de Marc Lhommel, création sonore et musicale Grégory Duret, chorégraphie de Clément Thirion,

Production de la Clinic Orgasm Society, coproduction Théâtre Varia, Bruxelles, MARS, Mons arts de la scène, Théâtre de Liège.

Iphigénie à Splott

/photos/2022-Iphigénie_2_Debby_Termonia.png

Elle nous rentre dedans, nous les spectateurs, dès les premières répliques. C’est qu’on la lui fait pas à Effie, jeune fille paumée, délurée et à la limite de l’alcoolisme, qui vivote à Splott, un quartier de Cardiff, capitale du Pays de Galles. Elle en a vu d’autres, mais elle n’est malgré tout pas au bout de ses surprises dans cette tragédie contemporaine où il est question de guerre, de sexe et de l’état déplorable des services publics. Cette héroïne hors du commun, au centre de ce monologue flamboyant signé Gary Owen, le metteur en scène Georges Lini l’a confiée à Gwendoline Gauthier. Seule pour tenir le crachoir, la comédienne s’acquitte de la tâche avec panache, surfant en souplesse sur la palette des émotions, entourée par trois musiciens-complices - François Sauveur, Pierre Constant et Julien Lemonnier- qui distillent la bande-son en live. Avec un Chesterfield pour tout décor, Iphigénie à Splott parvient par la force des mots, du jeu et de la musique à convoquer les petites misères et les grandes détresses des déclassés d’aujourd’hui. Brillant ! E.S

Iphigénie à Splott, de Gary Owen. Traduction Blandine Pélissier et Kelly Rivière | Mise en scène Georges Lini | Avec Gwendoline Gauthier | Collaboration artistique Sébastien Fernandez | Direction musicale François Sauveur | Musiciens Pierre Constant, Julien Lemonnier et François Sauveur | Création lumières Jérôme Dejean | Costumes Charly Kleinermann et Thibaut De Coster
Une coproduction du Théâtre de Poche et de la Cie Belle de Nuit.
Création au Théâtre de Poche

Reprise le 5 juillet 2022 à l’Abbaye de Stavelot, les 12 et 13 août au Festival de Spa, le 24 septembre au CC Jacques Franck (Saint-Gilles), du 4 au 7 octobre au Théâtre de l’Ancre (Charleroi), les 9 et 10 février 2023 au CC de Verviers, le 11 février au CC de Tubize, le 15 février au CC de Huy, le 16 février au CC de Braine-le-Comte, les 17 et 18 février au CC de Saint-Ghislain, du 11 au 29 avril au Théâtre de Poche et les 13 et 14 mars au CC de Mouscron.