Jimmy n'est plus là

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Inverser les costumes, devenir une fille, telle est la principale préoccupation de Jimmy, dans cette mini série théâtrale, qui nous interroge sur nos comportements et pose la question identitaire. Un spectacle à quatre voix, joué en vidéo, et partiellement en vers, rythmé comme un concert de Metal, où le drame s’annonce avec fracas et effets visuels sur le toit de l’académie de musique. Loin du ton mélo, l’auteur et metteur en scène Guillaume Kerbush (Inspecteur Drummer dans la série La Trêve de Mathieu Donck) opte pour celui de la série télé, à regarder épisode par épisode ou à binge-watcher, dans une scénographie primordiale et centrale.

D’abord, il y a Lara, toujours de mauvaise humeur, genre à voir le verre à moitié vide, à détester le salon de son père et l’académie de musique, mais aussi à tomber amoureuse de Jimmy. Jusqu’à ce qu’il lui annonce qu’il veut devenir une fille. De surprise, elle rit. De rage, elle prend un pseudo sur Facebook et le traite de tarlouze sur la toile entière. Réactions en chaîne, cabale contre cette tapette pendant que Marie drague Jimmy, que Jimmy utilise Lara, que le cœur d’acier de Sandra, fan de Rambo, fond et que tout dérape à la vitesse du clic dans la vie de cette jeunesse cruelle et victime de réseaux asociaux. Une fresque miroir fulgurante comme du street art, qui met en exergue les dérives des nouveaux moyens de communication. L.B.

Ni oui ni non bien au contraire

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Grande spécialiste du théâtre d’objet, et hyper douée pour se mettre à la hauteur des petiots, la compagnie Arts et Couleurs s’attaque à la philosophie avec un grand P, celle qui sort de la bouche des enfants. Car elles sont nombreuses, les interrogations des petits face aux illogismes de la vie, au nonsense de certaines expressions. «Si aujourd’hui c’est demain, pourquoi demain c’est plus demain mais c’est aujourd’hui ?» «Pourquoi quand je ferme les yeux, je vois des petites images ?» «Est-ce qu’un chat sans oreilles, c’est laid ?»

L’inénarrable professeur Pompon, sage et savoureux Gauthier Vaessen, ouvre les enveloppes chaque fois que tinte sa boîte aux lettres, à la manière des alertes d’une boîte à courriels et découvre les questions secrètes et philosophiques de ses élèves. Mais il ne cède pas aux lois de l’immédiateté, et laisse parfois certaines missives reposer, en attendant que leur réponse s’impose.

Seul derrière sa table, il sort peu à peu ses figurines et colore le décor sous les yeux ébahis des jeunes spectateurs en déroulant un tapis vert, en saupoudrant les sapins en plastique de sucre glace les jours de neige, en donnant vie à ses petits cochons, aux loups et agneaux pour raconter, sans paroles, mais avec gestuelles et musiques adaptées, de Peer Gynt à Chopin, selon son humeur, la fable du Loup et de l’agneau. Précieux climax en ce théâtre d’objet pour tout-petits, truffé de trouvailles. De la magie théâtrale à l’état pur, qui ravira les enfants, fascinés par les effets de scène et la justesse de la simplicité, élaborée avec un soin tout particulier. Du cousu main. L.B.

Un silence ordinaire

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L’alcool. Vaste sujet. Qui concerne autant les jeunes que les adultes, les enfants que les parents, les élèves que les professeurs. Vaste sujet, dont Didier Poiteaux, comédien d’une sobriété appropriée, amateur du théâtre documentaire, s’empare.
Il le contourne, s’en imprègne, le traverse et le livre, sur un plateau, accompagné de la bassiste Alice Vande Voorde, pour enfin briser Un silence ordinaire. Fruit de rencontres, de témoignages, d’ateliers d’écriture avec des élèves, cette mise en scène épurée d’Olivier Lenel, mène du groupe à l’individu, du général à l’exemple, de la théorie à l’ultime confession :“Ma mère s’appelait Julia”. Une seule phrase, amenée en finesse, et voici dite la douleur d’un fils de mère alcoolique.

Du binge-drinking très pratiqué par les jeunes, au quadra qui fait la tournée minérale… du 24 au 28 février – car avant cela, il y avait son anniversaire, le carnaval et une promotion à fêter –, en passant par le ballon de rouge découvert dans le buffet, à côté des saladiers en plexy, chacun, ou presque se retrouve de près ou de loin. Et frémit à la lecture d’un extrait de La Vie matérielle de Marguerite Duras : “On dit toujours trop tard à quelqu’un qu’il boit.” Un spectacle jeune et surtout tous publics. L.B.