string(19) "2018-12-15 06:09:39" object(DateTime)#286 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } outTrue Les prix de la critique

Josephina

/photos/2013_Chaliwate.pngJosephina, étonnante création de la Cie Chaliwaté, relève-t-elle de la danse ou du théâtre gestuel ? Un mélange des deux concocté par deux artistes qui sont passés par l’école du mime, Marceau, Lecoq et Etienne Decroux et qui ont obtenu une aide à la création grâce au secteur du cirque. La Llorona envoûte la salle. Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux entament leurs premiers pas de danse, puis se chamaillent déjà, étonnent, surprennent, multiplient les figures lentes, bras et jambes surviennent d’où on ne les attend pas, le nombril devient judas et le bras, porte avant de redevenir celui d’une femme trop aimée dans un subtil processus de détournement de corps. Burlesque et poésie sont de la partie. Bruit sourd et lourd. Jeté, chassé, croisé, lancé. Les artistes partent dans tous les sens en une accélération avant de ralentir ensuite. C’est à la fois beau, touchant, tendre et juste du premier au dernier mouvement., Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux séduisent en un instant par leur présence, la grâce de leur humilité et leur générosité. Le troublant "Plume" d’Henri Michaux, un extrait du "Somnambule" de Gao Xingjan qui disserte avec délice sur la symbolique d’une chaussure de femme et ces "Histoires d’Hommes" de Xavier Durringer où les gens perdus se retrouvent dans « un caramel, un nuage, une herbe humide ou une goutte de rosée » ponctuent cette Joséphina où le silence le dispute à la parole dansée et aux chansons lancinantes. L.B.

Josephina, de et par Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud de la Cie Chaliwaté, découvert à la Roseraie en novembre 2012. Les 11 et 12 octobre au Moulin de Saint-Denis. En tournée en France cet automne. www.chaliwaté.com

elu

La Vecchia Vacca

/photos/2013_Vecchia_Vacca.pngSalvatore Calcagno, jeune metteur en scène et comédien, s’est replongé dans ses racines siciliennes transplantées sur un terril carolo pour nous concocter un plat chaudement épicé et plutôt surprenant pour nos papilles habituées aux classiques carbonara ou bolognaise. La Vecchia Vacca nous plonge dans une exploration follement décalée et décapante de ces relations mère-fils parfois si troubles, si symbiotiques, si perverses, si encombrantes, si agaçantes. Chorégraphies déjantées, silences tonitruants, immobilité obsédante, maquillages, costumes, élément du décor, geste, discret coup de projecteur, rythme de la musique, tout est travaillé, mesuré, millimétré et clairement assumé pour entraîner le spectateur dans un univers ébouriffant. Volontairement ambivalent, pénétrant, intelligent, fou, décoiffant et inénarrable, La Vecchia Vacca est un spectacle qui renverse, bouleverse et explose codes et conventions. Créé pour trois soirs seulement, il nous revient en droite ligne du Festival international des arts et des écritures contemporaines 2013 (Marseille).

Une création de l’asbl garçongarçon / Salvatore Calcagno, avec le soutien d’[e]utopia3, de la fondation Marie-Paule Godenne et du Théâtre Les Tanneurs. Reprise le 19.11.2013 à Bozar Dans le cadre des Midis du Théâtre.

Weltanschaaung

/photos/2013_Weltanschauung.jpgMeilleure découverte ? On aurait pu inventer cette catégorie pour y installer l'ovni Weltanschauung. Imaginé par Clément Thirion et Mathilde Schennen, créé et interprété par Clément Thirion et Gwen Berrou, dans la scénographie, les costumes et les lumières de Saskia Louwaard et Katrijn Baeten, ce morceau de... de quoi au juste ? de bravoure assurément semble né du croisement improbable et réjouissant de "Cosmicomics" avec Véronique et Davina. Performance et danse, sens et nonsense, font et défont la “représentation du monde” annoncé par le titre. Le monde et ses mystères, ses vertiges, sa création (ô la jolie polysémie de ce mot-là) sont pris à bras-le-corps par un tandem invraisemblable et délicieux, qui jongle avec les références décalées. Il est question ici d'hominidés et de silex taillé, de neurosciences et de condition humaine, de mise en abyme et de fin du monde, sans oublier l'expressionnisme allemand. Le tout dans une sorte de leçon démonstrative et dansante propice aux dérapages désopilants. Un objet dont l'imperfection même renforce la puissance, à haute teneur en autodérision. M.B.

Weltanschauung de et par Clément Thirion et Gwen Berrou. Une production de Kosmokompany. Création au Théâtre de la Vie.