Chloé De Grom

/photos/2013_Chloe_De_Grom.pngMême pas sortie de l’école, Chloé de Grom captait déjà l’attention, en juin 2012 au Théâtre National : Armel Roussel, professeur à l’Insas, mettait en scène ses étudiants de dernière année dans Angels in America, la pièce culte de Tony Kushner. Dans cette fresque foisonnante de l’Amérique reaganienne, Chloé de Grom insufflait à son personnage d’épouse mormone névrosée une folie parfaitement maîtrisée. Depuis, elle prête son talent à d’autres aventures audacieuses. On retrouve sa longue et fragile silhouette dans une des créations les plus originales de la saison écoulée, La vecchia vacca de Salvatore Calcagno, autre étudiant d’Armel Roussel. En quelques tableaux baroques baignés d’une lumière digne du Caravage, ce jeune homme au talent précoce nous entraîne dans une plongée tragicomique au cœur de l’Italie de ses origines. Quatre comédiennes se partagent la figure obsessionnelle de la mère. Chloé de Grom, l’une d’entre elles, incarne une jeune femme enceinte qui s’avère incapable d’accoucher. Ici encore, elle confirme son talent à jouer les personnages excessifs avec un sérieux désinvolte aux effets comiques irrésistibles. Perchée sur ses talons aiguilles, le ventre tendu par un ballon de baudruche et les pieds emmêlés aux fils d’un aspirateur, Chloé de Grom assurément aime se mettre en danger. Nous l’attendons avec impatience au prochain tournant.

La vecchia vacca de Salvatore Calcagno, mise en scène de Salvatore Calcagno. Création au Théâtre Les Tanneurs. Reprise à Bozar le 19 novembre 2013.

Amélie Lemonnier

/photos/2013_Amelie_Lemonnier.pngDans Les Pavés du Parvis, Amélie Lemonnier est d’une virtuosité jamais abusive. En un geste et un quart de seconde, elle saute d'un personnage à l'autre, tout de suite identifiable par un accent, un relâchement d'épaule, une manière de croiser les jambes ou de remettre une mèche avec raffinement. Avec quelques chaises pour seuls accessoires, elle jongle, comme son comparse Pierre Wayburn, avec des dizaines de personnages et c’est tout un quartier, celui de Saint-Gilles, qui prend vie. La performance force l'admiration ! Mais la prouesse commence bien en amont. La jeune comédienne française de 29 ans, issue de l’Ecole Supérieure d’Acteurs de Liège, a entrepris, avec son camarade de scène et son ancien professeur, Philippe Laurent, de sillonner les bars du Parvis de Saint-Gilles à Bruxelles. Ils ont observé, pris des notes, interviewé ou filmé des « personnalités », enregistré des voix, pour en extraire un tableau scénique virevoltant. La pièce voyage entre l'Union et le Verschueren et raconte tout un quartier : le phénomène parallèle de boboïsation et de paupérisation, le portrait, déboussolé, de la deuxième génération de l'immigration, les absurdités de l'administration communale. Pauvres, riches, Français, Belges, étudiants, chômeurs, tous sont inspirés de personnages réels. C.Ma.

Les pavés du Parvis, créé à la Samaritaine. Une production de la Charge du Rhinocéros.

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Céline Peret

/photos/2013_Terrain_vague.pngSous une lumière blafarde émanant d'une ampoule solitaire s'opère une étonnante transformation. Une voix grave et rauque semble sortir d'outre-tombe. Josiane s'adresse à sa fille, désormais mère. Ce discours, Céline Péret l'a confié à Thibaut Nève, l'auteur de Terrain Vague. Elle avait déjà pu voir en lui son souci de la figure maternelle en jouant dans L’Homme du câble, premier volet d’une trilogie qui s’est close avec ce dernier spectacle présenté au Marni. Terrain Vague, c'est un peu son histoire. Même peut-être beaucoup, mais le mystère et la pudeur du théâtre nous obligent à ne pas chercher plus loin la part de réalité parce que l'émotion jaillissant de la métamorphose qui s’opère sur scène nous suffit. Dos courbé et voix rauque sont les seuls déguisements de ce personnage. Josiane, enfermée dans ses névroses et son quart-monde wallon, est comme un fantôme, une ombre qui hante la vie de sa fille et l'empêche d'assumer sa maternité. Chaque coup de fil de sa génitrice, rajoute une brique au mur qui se dresse entre Céline et sa vie de famille. Pour la comédienne, ce retour sur les planches un peu particulier lui permet de démontrer tout son talent qu’on aimerait voir plus souvent sur nos scènes. Des plateaux qu’elles délaissent parfois pour le cinéma (Céline Péret figurait dans « Landes » il y a quelques semaines sur nos grands écrans). (N.N.)

Terrain Vague, de Thibaut Nève, mise en scène de Jessica Gazon. Création au Théâtre Marni. Un production de la compagnie Gazon Nève.