string(19) "2018-12-15 05:50:10" object(DateTime)#286 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } False Les prix de la critique

Laure Chartier

/photos/2018-Auteur-LaureChartier_(c)_marianne_grimont.png

Laure Chartier raconte dans un « Un fait divers » son parcours du combattant quand elle a décidé de porter plainte après un viol. Il fallait du cran pour exposer cette histoire sur le plateau du Public. Il fallait une sacrée dose de courage pour revivre ce traumatisme et en faire un acte théâtral qui déjoue tout pathos grâce à une autodérision permanente. Sur le viol lui-même, Laure Chartier ne s’épanche pas car l’auteure et comédienne choisit surtout de raconter le calvaire qui a suivi : les humiliations répétées face à un personnel mal formé ou simplement insensible, que ce soit à l’hôpital, au commissariat ou devant les experts juridiques. Elle raconte l’inhumanité de ce parcours semé d’embûches – financières, procédurales ou humaines – quand il s’agit de réclamer justice. Elle raconte les reports incessants des audiences au tribunal ou la difficulté de se retrouver face à son agresseur. Elle raconte la douleur quand on réalise qu’aux yeux des autres, on est devenu un simple fait divers. Dépossédée de son corps dans les mois qui ont suivi son viol, Laure Chartier sera alors, aussi, dépossédée de son identité. Mais elle raconte aussi les issues plus lumineuses de cette affaire, comme le soutien indéfectible de sa famille et de ses amis, ou encore le regard des collègues, dont elle craignait la pitié mais dont elle reçut finalement beaucoup de générosité. Assénant quelques vérités sur la manière dont notre société gère – ou plutôt étouffe – la question du viol, Un fait divers est un acte de bravoure, tout simplement ! C.Ma.

 

« Un fait divers » de Laure Chartier, créé au Théâtre Le Public. Reprise les 26 juillet et 17 août 2018 au Festival Bruxellons à Molenbeek et du 6 novembre au 1er décembre 2018 au Théâtre Le Public.

David-Minor Ilunga

/photos/2018-Auteur-DMIlunga_Yves_Kerstius.png

Dans « Délestage », l'auteur et comédien David Minor Ilunga incarne seul une série de personnages qui dressent le tableau, entre envie de là-bas et besoin d'ici, d'une pérégrination, aussi lucide que dérisoire, entre Afrique et Europe. David Minor Ilunga, parle de son pays, des blancs qui y sont pour faire du business ou de l'humanitaire, mais aussi de l'Europe et de la Belgique en particulier de ses rapports avec l'ancienne colonie.

Né à Kinshasa, il y a à peine 30 ans, David Minor Ilunga est tombé dans le théâtre dès l’adolescence depuis, il s'est déjà construit une carrière qui force le respect. Il a joué dans plusieurs pièces, entre autres « Amours Bunkers » dont il est l’auteur, « Musika » d’Aristide Tarnagda et « Gentil petit chien » de Hakim Bah, « Cyrano de Kinshasa » (d’après Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand), adaptation et mise en scène d’Israël Tshipamba.

Il s’affirme en tant qu’auteur au sein du Tarmac des Auteurs qui organise notamment  le festival « Ça se passe à Kin » et il participe à des événements comme les « Ateliers de la Pensée » à Dakar et « Les Récréâtrales » à Ouagadougou. Il a aussi écrit « Einsteinnette » (dans le recueil Théâtre congolais contemporain, Lansman 2011), « La nuit des trois morts », « La Barrière » et d’autres pièces inédites.

La pièce « Délestage » a été présélectionnée lors du Prix Théâtre RFI théâtre 2017 et présentée au Poche en 2017 et au Tarmac à Paris mi-mars 2018. D.B.

« Délestage » de et avec David-Minor Ilunga Mise en scène de Roland Mahauden Créé au Théâtre de Poche. Coproduction le Théâtre de Poche, Le Tarmac (Paris), La Charge du Rhinocéros et les Récréâtrales (Ouagadougou)

elu

Laurence Vielle

/photos/2018-Auteur-LaurenceVielle.png

Rien de plus ni moins que le titre de poétesse nationale. Laurence Vielle a tenu ce rôle en 2016, distinction (et responsabilité?) attribuée en alternance à un francophone et un néerlandophone. Qui de mieux que la fille d’un Suisse (État multilingue lui aussi) et d’une Flamande pour porter la voix d’un peuple qui ne l’est pas vraiment? On la connaissait comédienne, elle s’est affirmée autrice de premier plan : en poésie surtout, mais elle ne délaisse jamais le théâtre. Parmi ses faits d’armes majeurs sur scène, on se souvient d’un intense “Sainte dans l’incendie” de Laurent Fréchuret. Elle va et vient, Laurence Vielle, entre les disciplines. Prenons pour preuve encore “Burning”, son texte sur le burn out composé pour la performance circassienne de Julien Fournier. De sa plume, elle transforme de troublants témoignages de cette dépression contemporaine en une partition pour l’artiste qui s’exécute sur le plateau. Elle jongle avec les statistiques effarantes de ce phénomène et les projette dans nos oreilles de sa voix rugueuse et dans une rythmique tantôt oppressante tantôt onomatopéique, à mesure que le plateau, lui, se relève tel un mur contre lequel le stress nous envoie à toute vitesse. Ça cogne ! “Burning” poursuit cette recherche d’un cirque contemporain ouvert aux autres disciplines. Ici, il reçoit un texte presque documentaire, poétique sans oublier la réalité. De la belle ouvrage. Comme investie d’une tâche, cette artiste citoyenne mène le combat des mots à travers de multiples initiatives pour nous rappeler que s’il nous reste un devoir, c’est celui de prendre la parole. N. N.

 

Burning (Je ne mourus pas et pourtant nulle vie ne demeura) de Julien Fournier (Habeas Corpus Compagnie)

Reprise : du 9 au 21 juillet à Avignon (Théâtre des Doms/L'Occitanie fait son cirque)