Driften

/photos/2017-Driften1@Kenneth_Rawlinson.jpg

Il y eut d’abord « Expiry Date », en 2013, où des machines étranges, clepsydre et jeux de domino, se mêlaient aux aventures mouvementées d’un casting de tout âge. L’univers d’Anna Nilsson, la circassienne, et Sara Lemaire, la dramaturge, était posé. Alliées à la mise en scène, elles allaient explorer des rivages inconnus, langoureux, où l’on tombe d’amour comme on glisse sur un roulement à billes, où l’on se met sur la pointe des pieds pour atteindre des rêves par principe inaccessibles. Le cirque, lieu de l’étrange et du languide ? La compagnie Petri Dish allait confirmer cette marque de fabrique, et même l’instiller davantage, avec « Driften », en 2016. Dévoilé dans un hangar désaffecté d’Anvers, à l’occasion du Zomer van Antwerpen, le spectacle commence avant d’entrer dans la salle, avec des installations de bois coupés, de meubles usés sortis des limbes et de loupiottes vacillantes, le tout prélevé à l’imaginaire d’Anna Nilsson, fille suédoise d’un inventeur sans limites. Au plateau, on p(ro)longe dans le même univers, puisqu’un vaste salon peuplé d’invités improbables va peu à peu voir ses murs envahis par une végétation luxuriante, au fil d’une soirée où le vitriol a peut-être bien remplacé le vin blanc dans les coupes renversées. La verte nature reprend ses droits, certes, mais le corps les a tous. C’est à coups de mâts chinois, d’escalade de murs, de basculements collectifs et même de danse sur pointes que se joue cet improbable dîner pour six convives polyglottes et multidisciplinaires. Un nouveau jalon pour une équipe qui n’a certainement pas dit son dernier mot. (L.A.)
Driften, d'Anna Nilsson et Sara Lemaire (Compagnie Petri-Dish). Créé aux Halles de Schaerbeek Coproduction Halles de Schaerbeek, Centre des Arts Scéniques, Dommelhof/Theater Op De Markt Reprise : du 9 au 12 juillet 2018 au Theater op de Pist à Hasselt

Hyperlaxe

/photos/2017-hyperlaxe_AliceKhol.jpg«Hyperlaxe» fait référence à l'hyperlaxité, à cette élasticité excessive de certains tissus ou des articulations que l'on remarque fréquemment chez les personnes atteintes du syndrome de Down (ou trisomie 21) et qui engendre aussi une certaine souplesse. Un rêve, en quelque sorte, pour la danse, le cirque, le théâtre physique même si l'objectif recherché n'est pas celui de la performance. Ce rêve, Sophie Leso, Nicolas Arnould et Axel Stainier le réalisent dans un spectacle doué d'une tendre sobriété, aussi réjouissant qu'encourageant. Un petit bouquet de fleurs, deux chaises, quelques morceaux de bois, deux hommes et trois fois rien. Le spectateur est convié à ce moment suspendu, un de ces instants qui vous réchauffent le cœur et vous réconcilient avec le temps. Ce temps hyperlaxe dont il est doux de jouir et qui s'étire si on le désire. Sur scène, et sous le regard de la délicate Sophie Leso, Nicolas Arnould et Axel Stainier, deux complices dont les différences s'effacent et s'unissent pour d'infimes pas de danse. Du théâtre physique porté par de beaux silences et quelques chansons. « Quand on a que l'amour... » Ils s'aiment, se regardent, se comprennent et se complètent surtout. Amis? Amants? Qu'importe. L'un est trisomique. L'autre est son complice. Tous deux attentionnés, cent pour cent synchro, ils croisent et décroisent leurs jambes, se couchent puis se relèvent, se battent, sourient ou avancent ensemble, d'un pas parfaitement assorti, Nicolas Arnould portant Axel Stainier sur ses pieds. Côte à côte, ils s'imitent et s'entreportent soutenus par des voix off des questions, des réponses : « Non, je n'ai pas peur de la mort ». (L.B.)
Hyperlaxe, de et avec Nicolas Arnould & Axel Stainier. Mise en scène de Sophie Leso (Cie Te Koop). Création au Théâtre Varia. Coproduction Espace Catastrophe (Centre International de Création des Arts du Cirque) Reprise : le 27 septembre 2017 à la Maison culturel d'Ath

Pesadilla

/photos/2017-Pesadilla.jpg

Un homme, se paie un vol plané monumental puis s’agrippe à une chaise dans des positions invraisemblables. Comme si ce  corps dépassait les réalités de la pesanteur. Acrobatique ? C’est un des aspects plaisants de cette performance : l’admiration primaire pour la souplesse d’un " Valentin le désossé ". Ce " premier degré " du cirque, l’agilité hors normes  est  bien là mais, mis au service d’une histoire qui se dramatise.Petit à petit les plantes s’accumulent comme si la nature envahissait le plateau. Beauté ou menace ? Arrive alors un employé à corps de panda, l’animal le plus mignon du monde, non ? Ami ou ennemi ? Dans ce rêve éveillé ou ce cauchemar organisé (par qui, le rêveur ou le panda ?) le corps dans ses torsions s’adapte aux situations, agit ou réagit. Des armes surgissent, des stress le paralysent, des agressions se fomentent, des danses de séduction s’ébauchent. Drôle d’affaire, sans cesse relancée avec des changements de rythme savamment calculés. L’ambigüité étend ses réseaux, et le rire alterne avec les peurs, comme dans tout bon conte pour enfants. Entre le rêveur et le panda on peut même douter...jusqu’à la conclusion. Qui est le héros, qui la victime, qui est le double de l’autre ? Inquiétante étrangeté, dirait Freud. En tout cas Piergiorgio Milano n’a pas pour rien participé à la tournée mondiale de « Tabac rouge » de James Thierrée. Cet acrobate a enrichi son bagage d’une solide réflexion dramaturgique sur le mélange des genres, le cirque épousant la danse et le théâtre pour construire un produit à la fois séduisant, drôle et touchant.
C.J Pesadilla, de Piergiorgio Milano. Coproduction Les Halles de Schaerbeek Reprise : du 11 au 23 juillet à Avignon (Théâtre des Doms/L'Occitanie fait son cirque)