Comme la pluie

/photos/2017-Commelapluie_NicolasBomal.jpgComédien d'une grande générosité, présent sur la scène jeune public depuis de nombreuses années, Philippe Léonard, s'intéresse aussi à la photographie et s'est remis au dessin, un talent caché qu'il dévoile aujourd'hui au grand jour dans "Comme la pluie", une passion, entre autres pour le fusain, qu'il partage avec le public et qui donne une autre dimension à sa vie d'artiste. Entre le spectacle et la performance, il trace peu à peu sous nos yeux une peinture inspirée de celles retrouvées sur les parois de la Grotte de Lascaux, de Constant Permeke, de Chagall ou de son imagination, chacun y voyant ce qu'il souhaite. Philippe Léonard nous livre ce récit autobiographique, par bribes, trop attiré par la fresque qu'il ne cesse de compléter, gommer, modifier. Le spectateur est alors fasciné par la transformation des animaux, des personnages, par l’œuvre qui prend vie, par la force d'un trait plus prononcé, la grâce d'un visage féminin, la douceur d'un portrait effacé. Puis le peintre s'interrompt, s'interroge, raconte son admiration pour ces peintures rupestres, glisse une cassette dans son lecteur et reprend de plus belle sur "Don't let them draw your way" , chanson porteuse de Juliette Richards et Philippe Morino. Un spectacle de toute beauté, hypnotique, qui suscite l'observation mais aussi la pratique du dessin, un bel hommage à l'art co-écrit par le metteur en scène Pierre Richards et où le comédien se révèle sous son meilleur jour. (L.B.)
Comme la pluie, de Pierre Richards et Philippe Léonard (Foule Théâtre). Mise en scène de Pierre Richards. Créé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy 2016 Reprise : le 26 août à la Citadelle de Namur en partenariat avec la Fête des solidarités.

Des illusions

/photos/2017-desillusions_NicolasBomal.jpg« Des illusions » de la Cie 3637, un titre à double sens qui annonce déjà la chute d’un spectacle organique, visuel et corporel mis en scène par Baptiste Isaia. Un cri, donc, une logorrhée enflammée, poétisée, engagée et sensée qui traduit les (dés)illusions des adolescents d’aujourd’hui à travers un texte touffu de Sophie Linsmaux, Bénédicte Mottart et Coralie Vanderlinden, les auteurs et interprètes qui intervertissent les rôles. Un texte porté par la musique percutante de Philippe Lecrenier et les danses envoûtantes des comédiennes. Une prise de conscience aussi du monde qu’on laisse aux adolescents et une demande à l’adresse des parents pour qu’ils défrichent enfin cette jungle infranchissable. Pour son anniversaire, Emma aurait demandé à ses amis de venir déguisés en ce qu’ils voudraient être plus tard. L’un arriverait en cycliste, l’autre en maçon. Emma, elle, ne descendrait pas, paralysée par ce choix. Elle a dix-sept ans, ne sait pas quoi mettre, regrette ses cinq ans et les gâteaux au chocolat. Pendant que la fête bat son plein et que sa mère force un peu sur l’alcool, Emma se réfugie dans un sac plastique, chute et rechute. Puis entame un long monologue, point d'orgue d'un spectacle percutant qui dit le malaise adolescent, sa difficulté à s’inscrire dans un projet collectif à l’heure où la société encourage l’individualité. (L.B.)
Des illusions, de la Compagnie 3637. Mise en scène de Baptiste Isaia Créé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy 2016

Piletta ReMix

/photos/2017-PilettaRemix.jpgOn peut dire que le Collectif Wow porte bien son nom. On sort de leur Piletta Remix avec les oreilles décoiffées et l’imaginaire tout ébouriffé. D’emblée, Piletta Remix nous met un émetteur récepteur entre les mains et un casque sur les oreilles. Le temps d’ajuster le volume sonore, nous voilà embarqués dans une fiction radiophonique galopante, qui nous fait l’effet d’une thalassothérapie des oreilles. Dévoilant les coulisses de la fabrication radiophonique, des comédiens, un électromusicien et un ingénieur du son jouent, bruitent, chantent et ambiancent l’histoire de Piletta, petite fille emportée dans une cavalcade de péripéties, à la recherche de plantes de « bibiscus » pour guérir sa grand-mère. Des castagnettes évoquent une femme sur talons aiguilles. Faire tinter un verre suffit à imaginer les tasses de thé. Une vieille boîte en fer convoque le bruit métallique des verrous d’une prison. Des riffs de guitare dessinent les contours d’un hidalgo. Le rythme est vertigineux et la narration complètement décalée, onirique. Sur scène, les artistes n’ont que leur micro, table de bruitages et console de mixage, et pourtant, on voit parfaitement les images de ce rêve éveillé. Isolé par le casque, bercé par une voix qui nous caresse le tympan, stimulé par les effets en stéréo, on se fait son propre film dans la tête. Les grillons, la nuit, les feux d’artifices : les images émergent véritablement du son et l’on comprend alors, concrètement, physiquement, ce que signifie le pouvoir de l’imagination. (C.Ma.)
Piletta Remix, de Florent Barat (Collectif Wow). Créé aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy 2016 Reprise : du 6 au 26 juillet à Avignon (Théâtre des Doms)