Anne-Claire

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Une sonnerie stridente rappelle de manière implacable qu’une nouvelle journée commence. « Oh le beau jour que ça va être, encore un ! ». Enterrée jusqu’à la taille, Winnie salue pourtant le soleil matinal et retrouve avec le sourire ses occupations quotidiennes : tenter de converser avec Willie, son compagnon, aussi taiseux qu’elle est bavarde, et explorer minutieusement le contenu de son sac « aux profondeurs insondables ». Encore une énième version de Oh les beaux jours, ce grand classique du vingtième siècle …? Eh bien non ! Car Anne-Claire est de ces comédiennes qui, à chacune de leurs apparitions, laissent une empreinte toute personnelle dans les mémoires, quels que soient l’univers abordé, le metteur en scène ou l’importance du rôle. Des alexandrins de Corneille aux phrases mordantes de Paul Pourveur, elle s’empare de tous les répertoires avec la même gourmandise jubilatoire. Des héroïnes tragiques du passé aux figures les plus contemporaines, Anne-Claire est une reine de la métamorphose. En subtile connivence avec le metteur en scène Michael Delaunoy, elle brouille ici l’image traditionnelle d’une Winnie amère et désespérée pour en faire une femme attachante et forte, rayonnante d’humanité. Une résistante, coquette jusqu’au bout des ongles, prête à affronter dignement son sort et le rituel répétitif qu’il lui impose. C’est avec un plaisir de petite fille qu’elle détaille brosse à dents, lunettes, mouchoir, carte postale, … comme autant d’objets précieux qui la relient à l’existence et à son vieux compagnon de survie. D.M.

Anne-Claire dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett. Mise en scène de Michael Delaunoy. Créé au Théâtre des Martyrs. Coproduction Rideau de Bruxelles/Théâtre de Liège. En partenariat avec le Théâtre des Martyrs. Reprise au Théâtre de Liège du 29 janvier au 2 février 2019.

Claire Bodson

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Claire Bodson avait la lourde responsabilité de porter, avec la complicité à la fois incarnée et fantomatique de Laura Sepul, l'adaptation théâtrale de Dernier lit. Le récit d'une passion funeste entre deux femmes, se clôturant dans un hôtel fané de la côte belge. Un spectacle créé au KVS le 19 mars 2018, soit dix ans jour pour jour après la mort choisie de l'immense auteur de cette nouvelle, Hugo Claus, et fait à son image : cru, provoquant et bouleversant.

Claire Bodson y retrouvait à la mise en scène Christophe Sermet, après les succès des Enfants du soleil et de Mamma Medea, qui lui a valu le Prix de la meilleure comédienne en 2012. Mais la route de cette artiste originaire de Liège formée au Conservatoire de Bruxelles (classe de Pierre Laroche) a également souvent croisé celle de Frédéric Dussenne (Maljoyeuse, Un fil à la patte, Phèdre...), Pietro Pizzuti (La Belle au bois dormant, Antonin et Mélodie) et Michel Kacelenenbogen (Un mois à la campagne, L'Atelier). Un parcours sans œillères laissant à celle qui a aussi été majorette (les décalées Vedettes) et institutrice, l'opportunité de jouer de toute sa palette, de la farce au tragique. E.S.


 

Dans Dernier lit : d'après Hugo Claus, adaptation et mise en scène : Christophe Sermet. Créé au KVS en coproduction avec Le Rideau de Bruxelles.

A voir dans la reprise des Enfants du soleil : du 2 au 13 avril 2019 au Théâtre des Martyrs à Bruxelles.

Cathy Grosjean

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Nominée l'an dernier pour sa prestation dans Taking Care of Baby, Catherine Grosjean reparaît à nouveau dans la catégorie meilleure comédienne, récompense déjà décrochée en 2010 pour La Défonce, la dernière pièce du collectif ZUT. Cette fois, c'est le rôle d'Agnès dans Bug qui lui vaut sa nomination, personnage de serveuse esseulée accompagnant les tendances paranoïaques de son nouvel amoureux, jusqu'au délire complet. Encore un auteur anglo-saxon contemporain (l'Américain Tracy Letts après le Britannique Denis Kelly) et une femme à la mise en scène (Aurore Fattier après Jasmina Douieb). Ce qui n'est aucunement le signe d'un quelconque cantonnement, car cette Carolo sortie de l'IAD et passée par la Ligue d'Impro sait tout faire : endosser un classique masqué (Le Cercle de craie caucasien de Brecht, déjà avec Jasmina Douieb), se glisser dans la peau d'une ado (La Cuisine d'Elvis), jouer les héroïnes shakespeariennes (Le Conte d'hiver, Roméo et Juliette) et même chanter à vous filer la chair de poule (Sing My Life de Cathy Min Jung). E.S.


 

Dans Bug de Tracey Letts, mis en scène par Aurore Fattier, créé au Théâtre Varia à Bruxelles, puis au Théâtre de Namur et au Théâtre de Liège.