string(19) "2018-12-15 06:16:15" object(DateTime)#286 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } outTrue Les prix de la critique

Michaël Delaunoy

/photos/Michaël_Delaunoy.jpgSuccédant à Jules-Henri Marchant à la direction artistique du Rideau de Bruxelles, Michael Delaunoy (40 ans, issu du Conservatoire de Bruxelles) a choisi pour slogan de sa nouvelle saison : « Le théâtre n’est pas mort ». Cette profession de foi volontariste et optimiste repose sur une confiance profonde dans l’aptitude du texte à dire la vie sur la scène. Que ce soit avec sa compagnie « l’envers du théâtre » ou en indépendant, ses mises en scène d’auteurs contemporains (Paul Pourveur, René Kalisky, Patrick McCabe, Ascanio Celestini) ou du répertoire (Strindberg, Tchekhov, von Horvath) en ont témoigné. À l’automne 2007, il ouvrait sa première saison au Rideau avec « Blackbird » de l’Écossais David Harrower, pièce tendue aux répliques minimalistes mais chargées de sens et d’affects. Michael Delaunoy a su faire exister la chair des émotions entre les silences, éveiller des mondes de non-dit dans le cœur des spectateurs. Les interprètes, Valérie Marchant et Angelo Bison, leur ont fait partager les contradictions et les déchirements de leur personnage. À la fois discrète et précise, la mise en scène jouait aussi sur la scénographie d’Anne Guilleray, une longue et étroite passerelle métallique dont la dureté industrielle rendait douloureusement palpable la vulnérabilité de l’humain. Ph.T.

Blackbird de David Harrower, mise en scène de Michael Delaunoy, Rideau de Bruxelles.

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Jasmina Douïeb

/photos/Yasmina_Douïeb.jpgEntre Jasmina Douieb et l’écrivain Wajdi Mouawad, une histoire d’affinités électives s’est tissée au fil du plateau. Rappelez-vous la salle du Zone Urbaine Théâtre transformée en désert de sable pour Incendies : Wajdi Mouawad nous embarquait dans une brûlante quête familiale sur fond de guerre civile. Sous le regard de Georges Lini, Jasmina Douieb y incarnait une jeune femme d’ici déterminée à retrouver là-bas les traces de son père inconnu. Forte de ses expériences réussies de metteur en scène (La Princesse Maleine, Cyrano de Bergerac, Bal Trap...),tout en continuant sa carrière de comédienne, Jasmina Douieb créait au printemps dernier Littoral, volet initial d’une tétralogie dont Incendies constituait la deuxième partie. Ici encore, Mouawad décline les thèmes qui hantent toute son œuvre : l’exil, la quête des origines et le devoir de mémoire. Jasmina Douieb réussit à déployer toutes les dimensions de cette épopée touffue et foisonnante où se mêlent le comique et le tragique, le poétique et le trivial, le réel et l’onirique. La simplicité des moyens utilisés n’est jamais ressentie par le spectateur comme manque ou pauvreté. Comédienne de formation, Jasmina Douieb sait que le matériau humain demeure l’essentiel au théâtre et en joue avec finesse ; s’ils parlent, les acteurs créent aussi tout un paysage musical et sonore qui rythme le récit. Le troisième chapitre de la saga n’est encore qu’amorcé; lauréate du Prix Huisman, la jeune femme sera l’assistante de Wajdi Mouawad qui monte à Chambéry au printemps prochain Ciels, le quatrième épisode de sa tétralogie. Bon vent, Jasmina…

Littoral de Wajdi Mouawad, mise en scène de Jasmina Douieb, Compagnie Entre Chiens et Loups, accueillie au Théâtre Varia

Valérie Lemaître

/photos/Valerie_Lemaître.jpgOn ne peut pas dire que les SDF soient à la mode au théâtre comme dans la vie. Pourtant, avec sa mise en scène formidablement tenue d’Il Cortile, Valérie Lemaître nous livre un moment de pure humanité, un miroir sans tain de notre époque cruelle, une pièce qui, en à peine une heure, vous frappe à l’estomac comme un virus foudroyant. Le spectateur est d’abord assailli par le décor de Céline Rappez, fatras insensé de cartons, sacs poubelles et déchets en pagaille. Dépotoir d’un réalisme accentué par le maquillage des comédiens : dents noires, croûtes de sang sur le nez et cheveux crasseux à vous donner des puces imaginaires sur le crâne. Ecrit en 2004, le texte de Spiro Scimone cogne lui aussi, d’une écriture sans gras. Pour le porter, Valérie Lemaître a choisi trois comédiens époustouflants : Avec son jeu d’une grande plasticité, Nicolas Ossowski est diablement comique dans la peau de Tano, emmenant un Steve Driesen tout aussi burlesque et un Youssef Khattabi plus acide. Convoquant à la fois Beckett et Laurel et Hardy, le texte et la mise en scène distillent, entre les dialogues d’une absurdité comique, une profonde critique d’un monde où les faibles n’ont plus droit de cité. Au final, on se demande qui est le plus dépouillé : les SDF sur la scène ou le spectateur dans la salle, dépossédé de ses certitudes sur l’humanité de notre monde ? C.M.

Il Cortile de Scimone, mise en scène de Valérie Lemaître, Zone Urbaine Théâtre.