string(19) "2018-12-15 06:28:08" object(DateTime)#286 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } outTrue Les prix de la critique

Vincent Goethals

/photos/Vincent_Goethals.pngUn Français du nord, à la tête depuis 1986 de Théâtre en scène à Roubaix: un intrus dans dans notre panel de metteurs en scène de bon pédigrée? Nullement. Vincent Goethals foule chaque année nos planches, à Bruxelles et en Wallonie, en coproduction et avec des comédiens de chez nous, des Bernard Sens, Itzik Elbaz, André Bayens, Philippe Vauchel... Et cette saison, il a frappé fort, avec ses mises en scène du Cocu Magnifique de Crommelynck et d'Aux hommes de bonne volonté de Caron. Un auteur belge, un québécois et deux écritures hors normes, vertigineuses, deux partitions musicales: Vincent se nourrit de langues gourmandes et volubiles, charnelles et poétiques, qui se travaillent au corps à corps chorégraphié, loin du formalisme comme du naturalisme. « Je ne peux mettre en scène que des pièces où la dimension tragique des thèmes universels naît de la singularité du langage, des oeuvres qui grattent là où le monde a mal », aussi fouille-t-il les écritures de Daniel Danis, Wajdi Mouwad, Bernard-Marie Koltès, Stanislas Cotton, Fabrice Melquiot, Laurent Gaudé... Ses mises en scène vivent au confluent d'une scénographie charpentée entrechoquant le concert et le métaphorique, d'une appropriation sonore et rythmée de la langue, et plus encore, d'une force émotionnelle irrésistible, soutenue par un étonnant travail du son, de l'image et de la lumière, le tout organiquement imbriqué. Formidable directeur d'acteurs, il ne craint pas les pièces aux rôles multiples, les sagas de longue haleine où l'art de chacun naît dans la choralité. M.F. Le Cocu magnifique, Fernand Crommelynck, Pathé Palace, puis à Dunkerque, Tours, Louvain- La-Neuve, Quimper. Coproduction du Rideau de Bruxelles, du Centre dramatique de Tour, de l'Avant-Scène/Théâtre de Colombes. Aux hommes de bonne volonté, Jean-François Caron, Grand Manège à Namur, coproduction du Théâtre de Namur et de Théâtre en Scène.
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Jean-François Noville

/photos/Jean-François_Noville.pngJean-Francois Noville (°1968) est un électron libre des scènes belges. Une formation, sur le tard, au Conservatoire de Liège. Des admirations fortes pour des artistes très « engagés » -Frank Castorf et Lars Norèn- ou pour le poète visuel Claude Régy, auxquels il voue « une admiration sans limites ». Ses thèmes de prédilection : « la confrontation avec les grands bouleversements du monde, guerres, effondrement des idéologies, perte des utopies, délitement social, dérives identitaires ». Des thèmes puisés aussi bien dans le témoignage d’une journaliste, Svetlana Alexievitch (La supplication, La guerre n’a pas un visage de femme), que dans l’œuvre de Lars Norèn, grand amateur de fait divers de société. Froid, présenté au Théâtre National, en 2006, nous faisait entrer de manière clinique dans l’univers des adolescents sans repères. Under, du même Lars Norèn, cette année aux Tanneurs, nous plonge dans la misère des SDF et des sans–papiers, clochards sans espoir, au langage ordurier. Une sorte de Beckett trash, où le temps semble figé et circulaire, sans une lueur d’espoir. Le décor de Didier Payen nous transpose dans un sombre purgatoire, esthétiquement proche de Claude Régy. Avec de magnifiques acteurs, Olindo Bolzan, Fabrice Rodriguez et Alberto Martinez Gonzalez pour défendre ce monde du dessous (under), infrahumain. C.J. Under, de Lars Norèn, mise en scène de J.F Noville, au Théâtre Les Tanneurs

Isabelle Pousseur

/photos/Isabelle_Pousseur.pngNouvel essai brillamment transformé par Isabelle Pousseur qui, après le magnifique 4.48 Psychose de Sarah Kane, s'est penchée sur une autre noirceur. Celle de Lars Norén, dans Biographies d'ombre plus feutrée sans doute, n'en garde pas moins des parts d'opacité. Le talent de la metteur en scène, à nouveau secondée par une scénographie habile et significative de Michel Boermans, et une fois encore offrant le spectacle à un nombre réduit de spectateurs, tient à la fine direction d'acteurs (dans une distribution aiguisée: Philippe Grand'Henry, Catherine Salée, Émilie Maquest, Arieh Worthalter), ciselée entre jeu des regards, axe des visages, expression des corps, autant qu'à la dramaturgie, économe d'effets, riche de silences, couturée d'un langage qui, en se désincarnant peu à peu, donne corps et matière au trouble. Brillante adéquation de la forme et du fond, dans les obliques, les glissements, les inquiétudes du flou.MB.Biographies d'ombre de Lars Noren, Muse en scène d'Isabelle Pousseur à Océan Nord.