L'éveil du printemps

/photos/2013_Eveil_Mise_en_scene.pngElle est toute menue, Peggy Thomas. Elle a la voix douce, mais ne vous y trompez pas : cette jeune bretonne installée chez nous, révèle une sacrée trempe : universitaire lettrée de Rennes, diplômée de la classe de Frédéric Dussenne à Mons, lauréate du Prix Huisman, directrice du Théâtre de la Vie depuis quelques mois... et metteuse en scène. Bobby Fisher vit à Pasedana (2007), Babel ou le ballet des incompatibles (2009), c'était elle, en formidable symbiose avec la même troupe de comédiens (la Cie Les Orgues) dont les Julie Leyder, Pierre Verplancken, Antoine Plaisant, Philippe Rasse... Avec eux encore, elle a « osé » affronter l'Eveil du printemps, de Wedekind, dans son intégralité, elle a traversé ce texte multiple, poétique, tragique, comique, parfois obscur, dans une énergie chorale explosive et organique, idéale pour creuser la sève, la fièvre et le mal-être de cette bande d'adolescents dans une société répressive. Tout en lui préservant des respirations oniriques de toute beauté. A cette oeuvre écrite en 1891, Peggy Thomas rend une intensité contemporaine, sans clichés, juste et bouleversante. Elle excelle à jongler avec la souplesse modulable du plateau (Emmanuelle Bischoff), structuré en bancs (gymnase, tribunal, scène ... ou tombes). Un univers prégnant, habité de musique, dans un camaïeu de vert cinglé de rouge et virant au noir : un espace concret et mental en dialogue constant avec les corps des comédiens. M.F.

L'Eveil du printemps de Frank Wedekink, mise en scène de Peggy Thomas, au Rideau de Bruxelles (XL Théâtre), co-production Cie Les Orgues et Rideau de Bruxelles. Création au Théâtre Royal de Namur.

Les invisibles

/photos/2013_Invisibles_Mise_en_scene.pngPour cette pièce librement inspirée par Le Quai de Ouistreham, le livre-enquête de Florence Aubenas, Isabelle Pousseur privilégie la liberté. Temporelle et spatiale. Les points de repère sont peu nombreux, on comprend plus qu’on n’apprend que les personnages incarnés par les deux comédiennes principales, Magali Pinglaut et Catherine Mestoussis, sont soumises à des conditions de travail drastiques. Elles luttent, tanguent, se rebellent, se résignent, s’humilient. La mise en scène d’Isabelle Pousseur donne le tournis, obligeant les spectateurs, le nez sur l’action, à les suivre, à se raccrocher à elles. La création à l’Océan Nord, dans un espace tout en longueur, encadré par deux rideaux, accentue encore cet effet. Accessoires au minimum, décor évolutif, la metteuse en scène choisit de donner l’écho nécessaire au propos défendu. La réussite est totale, le spectateur subjugué, et le livre de Florence Aubenas naît une seconde fois, dans une version plus universelle encore que l’originale. A.Ni.

Les Invisibles d’après Florence Aubenas, mise en scène d’Isabelle Pousseur. Une création du théâtre Océan Nord avec l’aide de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Oedipe

/photos/2013_Oedipe.pngChorégraphe et metteur en scène, né en 1959 au Mexique, José Besprosvany suit des cours de théâtre (mime, mouvement, jeu d'acteur, masque) à l'École Jacques Lecoq, à Paris, et se forme à Mudra, l'école de Maurice Béjart – lieu de sa rencontre déterminante avec le musicien et pédagogue Fernand Schirren, qui lui enseigne la naissance du rythme, au confluent du corps, du geste, de la voix. Ingrédients dont il nourrira ses propres spectacles, très divers, volontiers nourris d'autres horizons et disciplines, avec la compagnie qu'il fonde en 1986, après avoir été interprète durant deux ans au Ballet de XXe siècle de Béjart. Pour son Œdipe, il met en scène le texte de l'auteur montréalais Olivier Kemeid, lui-même basé sur la trame de l’Œdipe roi de Sophocle. Dès avant le texte – au phrasé contemporain et limpide qui n’escamote ni la grandeur de la tragédie ni le suspense de ce presque polar aux échos politiques –, on aura découvert l’univers sensible imaginé par José Besprosvany et ses complices Yannick Jacquet (création vidéo), Koenraad Ecker (musique, création sonore), Marc Lhommel (lumières), Bert Menzel (costumes). Des panneaux mobiles, des images à la fluidité mystérieuse, et cinq corps, cinq présences, du mouvement, la danse déliée et inquiète d’une jeunesse vindicative. Présente d’emblée, la chorégraphie s’articulera en souplesse avec le jeu, l’épousant, le faisant respirer, sans jamais platement l’illustrer. Écriture, mise en scène et chorégraphie se partagent en bonne intelligence le terrain d'un spectacle qui, sans renier le mythe, lui tresse des contours neufs et embrasse ses multiples dimensions. M.B.

Œdipe, d'après Sophocle/Olivier Kermeid, mise en scène de José Besprosvany. Création au Théâtre royal du Parc.