string(19) "2018-12-15 05:02:06" object(DateTime)#286 (3) { ["date"]=> string(26) "2018-10-01 23:00:00.000000" ["timezone_type"]=> int(3) ["timezone"]=> string(12) "Europe/Paris" } outTrue Les prix de la critique
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Homme sans but

/photos/2014.Hommesansbut_HikiKomori.pngFable étrange aux personnages troubles. «Ex-Femme», «Frère», «Assistant», «Fille», «Sœur». En haut de ce fief, Peter l’ultra-riche, despote «lumineux» de la sarabande car«une peur propagée ça soulage ». L’identité s’infiltre alors dans une architecture monnayée, en filiations achetées. Le simulacre comme job. Qui est vrai, qui est faux ? Au final, une phrase se grave:«Quand le monde est malade, est-ce que quelqu’un peut aller bien… Moi j’ai rêvé que nous étions beaux et forts».  Comme un coup de poing au ralenti ce texte du Norvégien Arne Lygre insinue son minimalisme trompeur grâce à la mise en scène de Coline Struyf  qui déploie l’œuvre toute en finesse, en corps et en mots, dans le jeu de six interprètes très différents. On frôle l’installation vivante, on touche la poésie en bleu nuit et brouillard. L’unisson des acteurs nous rappelle la belle esthétique du collectif Mariedl qui depuis sa création, en 2007 par Coline Struyf et Selma Alaoui, nous a offert des spectacles remarquables et remarqués, d’ Anticlimax à I would prefer not to, de Balistique terminale à cet Homme sans but. A chaque fois l’écriture et la scéno, le jeu des acteurs, la lumière et la partition musicale sont mis au service d’une fine interrogation sur le monde contemporain. N.A.

Homme sans but d’Arne Lygre, mise en scène de Coline Struyf (collectif Mariedl) créé au Théâtre Océan Nord

Dominique Seron

/photos/2014.LeCid_PierreBolle.pngSans doute fallait-il la patte de Dominique Serron pour livrer un Cid choral d’une telle tonicité. Amoureuse des classiques qu’elle aime actualiser (on se souvient de son « Roméo et Juliette » virevoltant), la metteure en scène s’attaque une fois encore à un monstre sacré, « Le Cid » de Corneille dont les vers résonnent plus de deux heures durant sans que l’on voie les alexandrins passer. Sur scène, le dénuement. Point de décor mais bien deux tréteaux, côté cour et jardin, contenant des accessoires dont les comédiens, affichés comme tels, se serviront au fil du drame. Ils croqueront aussi à pleines dents les pommes ou raisins mis à leur disposition, comme dans les loges. C’est là, également, qu’ils admireront les scènes dont ils deviennent spectateurs avant d’endosser leur costume. Le procédé, certes, n’est pas neuf mais reste d’une pertinente efficacité. Voilà un « Cid » monté avec audace et humour, avec aussi une prise de risque qui pourrait basculer dans le burlesque et qui reste d’une belle justesse. Telles ces chorégraphies hispanisantes évoquant le royaume de Castille où se déroule le drame et la réelle physicalité des comédiens dont le jeu séduit et convainc. Combien, pourtant, de Chimène avant Laure Voglaire (en alternance avec Alexia Depicker), et de Rodrigue avant Fabrizio Rongione (ou Laurent Capelluto), qui tirent remarquablement leur épingle du jeu, entre drame, souvent, et drôlerie parfois, touchants, émouvants même en évitant l’emphase mais en tenant malgré tout le public en haleine ? La langue de Corneille, en outre, est admirablement servie, traduisant cette rage, ce désespoir, cette vieillesse ennemie… L.B

« Le Cid » de Corneille par l'Infini Théâtre, une mise en scène de Dominique Serron. Création au Théâtre des Martyrs. Reprise le 16 octobre Maison de la Culture à Marche, le 23 octobre au Centre Culturel de Bertrix, le 5 novembre au Centre Culturel de Ciney, le 6 novembre à Wolubilis, le 13 novembre au Centre Culturel de Huy, le 25 novembre au Centre Culturel de Verviers

Mathias Simons

/photos/2014.lesjumeauxvenitiens_celinechariot02.pPour Matthias Simons, « la ressemblance se frotte à l'opposition » dans ce classique de Goldoni. Il est donc normal que, sur le sol, les miroirs, objets de réflexion inversée, jouent un rôle majeur. Tout en gardant l'esprit de tréteaux, cette histoire de gémellité confuse prend un sacré coup de pied contemporain dans l'arrière-train. « Personne dans cette pièce n'est celui qu'il prétend être. » Le metteur en scène s'engage donc à faire tomber les masques, comme ceux qui cachent les habituelles coulisses de nos théâtres. En arrière-plan, Vérone, véritable capitale de mirages dans cette histoire, pour révéler les machinations acrobatiques des comédiens quand sur le plateau principal, Zanetto et Tonino (incroyable Fabrice Murgia), tour à tour, démêlent les malentendus de leur ressemblance. Simons joue sur la proximité de la mort et du rire dans cette pièce pour revenir sur les mensonges contemporains. Et les paradoxes de l'art théâtral ainsi que son excellente distribution transgénérationnelle l'aident bien. Le plaisir de jouer transpire de cette création qui déride les poncifs du genre. N.N.

« Les Jumeaux vénitiens », de Carlo Goldoni, mis en scène par Mathias Simons, créé au Théâtre National. Une production Théâtre National/Bruxelles, Théâtre de Namur, Théâtre de Liège, Théâtre de Carouge-Atelier de Genève/Suisse. Repris du 18 au 21 novembre au théâtre de Namur, du 25 au 29 novembre au Théâtre de Liège et du 10 au 18 décembre 2014 au Théâtre national.