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Damien Caille-Perret

/photos/2014.Damien-Caille-Perret.pngComme ils l'ont fait depuis le début de leurs collaborations scéniques en 1998, Yves Beaunesne et Damien Caille-Perret ont commencé leur version de « Roméo & Juliette » en inscrivant le spectacle dans une époque et dans un lieu. La tragédie se veut donc contemporaine et urbaine. Tandis que le metteur en scène s'inspire de nos conflits bien belges, le scénographe implante la rivalité entre les deux familles sur les toits de la ville. « De cette opposition entre Flamands et Wallons, Yves offre une vision prise avec une certaine hauteur. En tant que Belge installé en France, il a amené ce conflit de l'intérieur vers l'extérieur », confie Caille-Perret qui garde le souvenir d'une aventure artistique forte. En mettant les deux amoureux en délicat équilibre sur les murs de buildings pour la scène mythique du balcon, c'est le danger de leur destin amoureux qu'ont voulu traduire les orchestrateurs de ce spectacle. «Ce discours intime sur l'amour, nous voulions qu'il devienne un cri chanté sur les toits. » Inspirée d'une photo d'une cathédrale en chantier, la vision scénographique joue sur les faux-semblants de la transparence. Ainsi la verrière qui encadre la fête des Capulet et la rencontre des amants au premier acte se transforme en un cimetière « comme pris par les glaces ». Et Damien Caille-Perret de s'émerveiller encore des effets de l'eau sur le verre dépoli. N. N.

« Roméo et Juliette » de Shakespeare, mis en scène par Yves Beaunesne, Créé au Théâtre de Liège. Production de la Comédie Poitou-Charentes, Centre dramatique national Poitou-Charentes, Coproduction avec le Théâtre de Liège, Le Grand Théâtre de Luxembourg, Le Centre Dramatique National des Alpes – Grenoble.

Thibaut De Coster - Charly Kleinermann

/photos/2014.Decoster_DameMaxim_IsabelleDeBeir.pngLes inséparables ! Thibaut de Coster et Charly Kleinermann forment un binôme de scénographes, costumiers, couturiers. Point de tics et redites sur leurs plateaux, ils pratiquent l'inventivité plurielle selon l'oeuvre. Au premier coup d'oeil, vous pourriez les épingler « sages ». Erreur, la folie n'est jamais loin. Prenez ce tourbillon haletant de quiproquos qu'est « La Dame de chez Maxim » jouée au Parc l'hiver dernier dans une mise en scène de Myriam Youssef. Deux portes très vaudevillesques de part et d'autre d'une estrade surplombée d'une alcove. Normal ? Les perspectives se tronquent, les escaliers recèlent des caches insoupçonnables, les murs se dressent devant les portes, les lieux se télescopent en un éclair. La folie a contaminé la scène, précipité le rythme et jonglé avec la langue de Feydeau. Les costumes eux-mêmes vous font voir double sur le corps d'un même comédien : côté gauche abbé, côté droit duchesse ! Virtuoses les compères ! Les plateaux se les arrachent de « Boing Boing » aux « Oies sauvages » des Zygomars, en passant par « Rien à signaler » (Martin Crimp), parmi d'autres. Cette nouvelle saison, ils boiront le sang des « Vampires » (Thierry Debroux) au Parc, intègreront « La Famille du collectionneur » (Goldoni) au Vilar, donneront le « Dernier coup de ciseaux » (Portner) à la Toison d'or... etc ! Déjà nommés aux prix de la critique en 2010 (Le « Lieu commun » d'Archambault toujours en osmose avec Myriam Youssef), ils reviennent avec cette mémorable « Dame de Chez Maxim ». M.F.

« La Dame de chez Maxim » de Feydeau, Théâtre Royal du Parc, Bruxelles, Mise en scène de Myriam Youssef

Marie Szersnovicz

/photos/2014.MSzersnovicz_bleubleu_MichelBoermans3Un léger crachin tombe sur la mince silhouette vaguement éclairée d’Alexandre Trocki et ne la lâche plus pendant toute la durée du spectacle. Une idée signée Marie Szersnovicz, apparemment toute simple mais qui fait merveille et contribue à rendre encore plus pathétique et plus drôle le père imaginé par Thomas Gunzig dans « Et avec sa queue il frappe ». Sur le chemin de l’école, il tente de transmettre à son fils le secret qui  lui a permis d’échapper à la peur de vivre : la fuite dans les films de série B empruntés à la vidéothèque du coin. Dans « Bleu bleu », on est confrontés à une esthétique opposée : ici c’est l’abondance, le baroque, le kitch. Dans cette comédie grunge teintée d’autobiographie, Stéphane Arcas nous conte un certain mal de vivre façon années 90 parmi une bande d’artistes paumés. Les comédiens sont happés par une profusion de meubles vintage, de vitraux art nouveau et de tapis à fleurs. Ici également on devine que Marie Szersnovicz a travaillé en étroite collaboration avec le metteur en scène ; elle traduit avec humour une atmosphère, une époque, un esprit. Et même plus encore : ici comme dans « Et avec sa queue il frappe », elle ose une touche de folie, un pas plus loin, qui pourrait être le pas de trop … mais non, Marie Szernovicz maîtrise avec art les trésors de son imagination fertile. D.M.

« Et avec sa queue il frappe » de Thomas Gunzig. Au théâtre Les Tanneurs et aux Doms. Reprise à l’Eden du 4 au 7 novembre, au KVS du 13 au 15 novembre et à la Maison de la Culture de Tournai le 13 janvier.

« Bleu bleu », texte et mise en scène de Stéphane Arcas. Au Théâtre Océan Nord