Bug

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L'idée brillante de la version de Bug de Tracy Letts mise en scène par Aurore Fattier (également nominé dans la catégorie comédienne pour la prestation de Catherine Grosjean) est de transposer l'action de cette pièce créée à Londres en 1996 et se déroulant dans un motel aux Etats-Unis, à Bruxelles aujourd'hui. Et plus particulièrement dans la Cité Modèle à Laeken, ensemble moderniste de logements sociaux pensé par le Belge Fernand Brunfaut. La scénographie ingénieuse de Sabine Theunissen, sortie de La Cambre, collaboratrice récurrente de l'artiste sud-africain William Kentridge et également active à l'opéra, s'inscrit dans la lignée de cette architecture particulière. Combinant des modules mobiles et des surfaces servant d'écrans pour les projections, le décor complexe réalisé par les Ateliers du Théâtre de Liège permet de passer avec aisance du dehors au dedans, du visible au caché, du public à l'intime, du direct à l'enregistré et du réel à l'imaginé, tout en intégrant un quatuor de musiciens classiques. Pour finir dans une plongée sanglante au plus profond de la paranoïa. E.S.


 

Bug de Tracey Letts, mis en scène par Aurore Fattier, créé au Théâtre Varia à Bruxelles, puis au Théâtre de Namur et au Théâtre de Liège.

Métamorphoses

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Le long poème foisonnant d’Ovide n’a, a priori, rien de théâtral. La métamorphose que produit Pascal Crochet sur le texte en fait un poème scénique et un fascinant objet théâtral qui voyage entre la pensée antique et contemporaine. Satu Peltoniemi, avec qui le metteur en scène collabore pour la quatrième fois, a signé la scénographie et les costumes. Mais l’habillage scénique est une œuvre collective où intervient le travail des lumières de Florence Richard comme le son de Raymond Delepierre. Les neuf comédiens forment une collectivité de scientifiques ou de survivants d’une apocalypse qui évoluent comme des campeurs dans un paysage dévasté où subsistent des traces de nature. Le fond de la scène est occupé par une forêt d’arbres factices faite de planches plantées dans un large bac de terre. À l’avant-plan sur le côté, il y a un cabanon assemblé de bric et de broc avec de matériaux de récup. Une table de camping sommaire, des assiettes en plastique, des chaises viennent compléter ce dispositif. On ne sait pas trop à quoi s’occupent ces âmes en friche sur le plateau, mais ce qu’on sait, ce que l’en ressent, c’est qu’ils sont en osmose avec ce décor dont ils ont fait un grand laboratoire de la transformation des choses et des êtres. Grâce à un livre tombé du ciel dans un aquarium, la pensée du philosophe latin dialogue et s'enchâsse avec celle de nos contemporains. En faisant résonner ces textes tantôt littéraires et poétiques, tantôt philosophiques ou scientifiques, Pascal Crochet nous offre un théâtre visuel où les mots se transforment en images. G.B.

 

Métamorphoses, de Pascal Crochet d’après Ovide, scénographie de Satu Peltoniemi

Créé au Théâtre des Martyrs, production Théâtre en Liberté

 

Un tailleur pour dames

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Thibaut de Coster et Charly Kleinermann, c’est l’histoire d’un tandem qui existe depuis plus de dix ans. Amis d’enfance, l’un est scénographe, l’autre est décorateur d’intérieur. Ils travaillent de concert à la confection des costumes et à la réalisation des décors. Dans Tailleur pour dames, Georges Lini réinvente le théâtre de Feydeau mais le tour de force vient du décor. Georges Lini imagine une entrave. Il place ses acteurs sur un immense plan incliné. La structure s’élève au fil de la pièce rendant le plateau du théâtre escarpé, voire impraticable pour les comédiens qui apparaissent et disparaissent dans des trappes aménagées au sol. Chacune des portes pèse près de 35 kg. La difficulté du plateau pousse les acteurs dans leurs retranchements. Le jeu est physique. On retrouve les maris trompeurs, les portes qui claquent et les quiproquos en cascade. L’art du vaudeville est respecté mais c’est équipé de cordes d’escalade que les personnages de Feydeau finiront par se cramponner au décor comme à leurs certitudes.

Le dispositif scénique conçu par Thibaut de Coster et Charly Kleinermann transforme les acteurs en véritables funambules. Sur le plan incliné, on remarque Stéphan Fénocchi dans le rôle du jeune perdreau volage, Michel Gautier dans celui du domestique, Isabelle Defossé, France Bastoen, Marie-Paule Kumps, Thierry Janssen, Louise Jacob et Eric de Staerck, aérien en mari trompé.Fr.C.


 

Un tailleur pour dames de Georges Feydeau. Mise en scène de Georges Lini (Compagnie Belle de Nuit). Scénographie et Costumes de Thibaut de Coster et Charly Kleinermann. Créé au Théâtre de Namur. Une création de la Compagnie Belle de Nuit coproduite par l’Atelier Théâtre Jean Vilar et le Théâtre Royal du Parc.