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Eloge de l'Oisiveté

/photos/Eloge_oisivete.pngComédien raffiné et sensible, Dominique Rongvaux s’est révélé également dénicheur de textes et virtuose du solo. Après s’être confronté aux Récits d’un jeune médecin de Mikhaïl Boulgakov, il se lance dans un exercice plus aventureux : aborder la question essentielle du travail et de sa place dans notre société. C’est l’œuvre du philosophe Bertrand Russell qui l’a surtout inspiré, mais pas seulement. On découvre également les écrits d’un rêveur anticonformiste, Denis Grozdanovitch, ainsi que des commentaires personnels. La réflexion est brillamment menée, mais en toute légèreté. Sous le regard ludique et complice de Véronique Dumont, la pensée circule, virevolte et se faufile dans le corps de l’acteur pour rebondir et nous secouer. Et si en effet l’oisiveté nous mettait sur la voie d’une société plus juste qui favoriserait l’épanouissement de chacun ? Un spectacle jubilatoire. D.M. Eloge de l’oisiveté d’après Bertrand Russell, m.e.s Véronique Dumont au Théâtre de la Vie/reprise au Théâtre de la Vie du 15 au 27 mars 2011

L'Insoumise ou Scarlet O'Hara au pied du terril

/photos/Scarlett.jpgQui eût cru que le Borinage, ancien pays minier aujourd’hui vallonné de terrils, pouvait atteindre à l’exotisme ? C’est ce que parviennent à convoquer les auteurs d’une pièce touchante, histoire d’une femme, héroïne ordinaire de la cité de l’Héribus. Seule en scène, la comédienne Jamila Drissi s’est inspirée de sa propre mère pour ce conte, ode à toutes les femmes qui ont affronté l’exil et choyé leurs enfants malgré la misère. Pendant plusieurs semaines, elle a déversé ses souvenirs devant Soufian El Boubsi qui en a ensuite extrait un récit loin de tout misérabilisme, déguisant ses personnages en cow-boys, Indiens, stars de western et de hits hollywoodiens. Sauf que la poussière qui burinait Clint Eastwood est devenue de la suie tenace sur le front de pères de famille de la Cité qui chaque jour plongent dans les entrailles de la terre. Et que dans les mines, on ne trouve pas des pépites d’or mais du charbon. Avec une présence envoûtante, ses yeux de braise et sa voix chaude, Jamila Drissi, redevenue une gamine de dix ans, convoque tout un quartier, autrement dit des dizaines de personnages, pour dire la simplicité d’une vie, ses difficultés mais aussi la solidarité.CM. « L’Insoumise ou Scarlett O’Hara au pied du terril » de Soufian El Boubsi, par Jamila Drissi (Espace Magh)

Une nuit arabe

/photos/Une_nuit_arabe.pngDirk Opstaele est un sacré conteur. Avec l’onirique Nuit arabe de Roland Schimmelpfennig, le comédien et metteur en scène flamand nous fait voyager à mille lieux avec un théâtre sans fioriture. Shéhérazade au masculin, il ensorcelle ce conte allumé, qui démarre dans un banal immeuble de banlieue pour finir dans un décor des Mille et Une Nuits. Dans la moiteur estivale, cinq personnages se croisent au fil d’une cavalcade délirante. Tandis que l’un est bloqué dans l’ascenseur, un autre se retrouve enfermé dehors, un amoureux transi finit prisonnier dans une bouteille de cognac et une célibataire somnolente se métamorphose en favorite d’un cheik au sein d’un harem baigné de sortilèges. Sans décor, Dirk Opstaele incarne les cinq personnages avec un minimalisme expressif. Il se déplace d’à peine un mètre à la ronde et emporte pourtant cette histoire dans un tourbillonnant voyage. Une prouesse réglée au millimètre avec la pianiste qui l’accompagne, Iris De Blaere. C’est l’autre petite merveille du spectacle : dans une composition de Frank Nuyts, la musique conte sa part elle aussi, tissant un motif pour chaque personnage, tout en ajoutant des bruitages cocasses. A la manière du pianiste à la projection d’un film muet, la musique nous aide ici à faire notre cinéma.CM « Une nuit arabe » de Roland Schimmelpfennig, par Dirk Opstaele (La Samaritaine) Reprise à la Samaritaine du 12 au 23 avril 2011.