Je suis un poids plume

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Parfois la vie nous donne envie de frapper dans les murs, ici le théâtre nous entraîne sur un ring.  Après un passage remarqué dans la série Ennemi Public, Stéphanie Blanchoud revient au théâtre avec « Je suis un poids plume », un texte musclé qu’elle décide de porter seule au plateau. La pièce retrace l’histoire de cette jeune femme qui, après une rupture sentimentale, choisit de pousser la porte d’une salle de sport et d’enfiler les gants. La découverte de la boxe va être une véritable révélation. Lorsqu’elle boxe, le souffle court, les dents serrées, elle revit les étapes douloureuses de la rupture : les premières disputes, le partage des meubles, la remise de l’appartement. Semaine après semaine, les gestes s’affinent, la respiration se calme, les mots se précisent et se font… percussifs. Stéphanie Blanchoud livre une prestation physique. Après s’être mise en tenue, l’actrice se raconte tout en fixant les bandages de protection autour de ses doigts. La mise en scène de Daphné D’Heur passe par les rituels des sports de combat. La musique utilisée dans le spectacle ne fait pas l’écueil de la surenchère. Le violoncelle de Jérémie Ninove offre un contrepoint sensible au spectacle. Il entre également en résonance avec son titre Je suis un poids plume ; l’histoire d’une jeune femme qui, après avoir été jetée dans les cordes, décide de se relever et de ne plus jamais baisser la garde.F.C.

Je suis un poids plume, de et avec Stéphanie Blanchoud. Mise en scène de Daphné D'Heur. Créé au Théâtre des Martyrs. Coproduction Tatou Asbl, Wild Productions Reprise : le 6 juillet à Stavelot (Festival VTS), le 31 juillet à Bruxelles (Festival Bruxellons!)

L'entrée du Christ à Bruxelles

/photos/2017-EntreeduChrist.JPGAprès Hugo Claus et Tom Lanoye, voici qu’un troisième larron venu du Nord débarque sur nos scènes : Dimitri Verhulst et son Entrée du Christ à Bruxelles. C’est à Georges Lini que l’on doit l’adaptation de ce remarquable roman, digne de la toile éponyme de James Ensor par son humour noir, sa liberté de ton et la vitalité de son écriture. « Le Christ va incessamment venir à Bruxelles », telle est la nouvelle qui secoue notre capitale. N’est-ce pas un piteux spectacle qui risque de l’accueillir ? Au fil de quatorze stations, l’auteur pose un regard férocement drôle sur la Belgique et ses dysfonctionnements : la complexité absurde de nos institutions, le pouvoir de l’Eglise, et au passage un coup de griffe au nationalisme flamand ou à la famille royale. Mais au-delà, ce sont nos comportements égoïstes qu’il fustige, nos replis identitaires, notre rejet de l’autre. Et en filigrane, cette question : faut-il attendre la venue d’un dieu pour rendre le monde meilleur ? Il fallait un comédien de la carrure d’Eric De Staercke pour porter seul sur les planches cette fable corrosive. Le texte lui va à merveille : en conférencier narrateur, il peut y exercer son talent d’humoriste pince-sans-rire, et nous guider, de sa généreuse présence, tout au long de ce singulier chemin de croix. Le metteur en scène Georges Lini joue de toutes les qualités de son acteur pour nous offrir un spectacle drôle et percutant, accompagné pour (presque) seule scénographie, d’images vidéo bien choisies qui font puissamment résonner le tragi-comique absurde des situations. (D.M.)
L’Entrée du Christ à Bruxelles, de Dimitri Verhulst. Mise en scène de George Lini (Compagnie Belle de Nuit). Avec Éric De Staercke. Créé à l'Atelier 210 Reprise : le 15 août au Festival royal de Théâtre de Spa, du 14 au 20 décembre 2017 au Théâtre de Namur

Laïka

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Jésus est de retour sur terre, non pour rallier à sa cause les incroyants et autres mécréants, mais pour voir dans quel état est ce monde qu'il a laissé il y a plus de vingt siècles. De la fenêtre de son appartement – qu'il partage avec un Pierre muré dans le silence mais qui laisse chanter son accordéon -, il décrit ce morceau d'humanité qui occupe un bout de bitume sur le parking du supermarché d'en face. Un clochard qui fait la manche, une vieille dame à la tête embrouillée, la prostituée qui vit dans l’immeuble, des manutentionnaires qui déplacent des caisses à l'entrepôt, les migrants qui cherchent un ailleurs meilleur et les messieurs du bar. Dont il revient justement. Son récit évoque également Che Guevara, les trois religions monothéistes et même une ancienne gloire du football. Et pour prendre de la hauteur, le big bang de Stephan Hawking et, of course, Laïka, la chienne qui lorsqu'elle a été envoyée dans l’espace, était l'être vivant le plus proche de dieu. Après « Discours à la Nation », ce texte cynique et drôle, également signé Ascanio Celestini et porté par David Murgia, porte la voix des laissés pour compte, ces êtres minuscules, insignifiants, broyés par la société. Le comédien livre ce texte engagé et imagé dans un débit vertigineux mais sans faille. Dans un décor minimaliste, David Murgia irradie, dégage un présence impressionnante qui donne à penser que c'est acteur est habité. (D. B.)
Laïka, d'Ascanio Celestini, avec David Murgia. Créé au Festival de Liège. Coproduction Festival de Liège, Théâtre National Reprise : du 31 octobre au 5 octobre 2017 au Théâtre National, du 9 au 12 janvier 2018 au Théâtre de Namur