Didier de Neck

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« Absence de guerre » c’est l’histoire de Neil Kinnock, un leader travailliste des années 80/90, baptisé ici George Jones, en train de perdre une bataille électorale. Une équipe de conseillers en communication convertit un leader encore porteur de quelques valeurs de gauche en un  "produit" sans consistance idéologique .Et qui du coup ne rassemblera même plus ses électeurs "naturels". Absence de guerre basé sur cet échec sonne terriblement actuel par l’étude d’un cas flagrant de " trahison " des valeurs de gauche par un ‘social démocrate’. En 2017 la maladie de la social-démocratie est plus actuelle que jamais, un enjeu belge, français, européen. Didier de Neck, dans le rôle de Kinnock/Jones est passionnant. Il joue "juste" toutes les nuances et les états d’âme de ce politicien en perte de « valeurs », mais pas caricatural, pas même pas antipathique ! Un tour de force !  Il n’écrase pas son équipe mais comme acteur principal il règne naturellement, " en majesté " ! Un de ses tout grands rôles en plus de 40 ans de carrière. Didier de Neck est un grand comédien curieux de tous les mondes. Ici son rôle est ‘réaliste’ dans un beau feuilleton politique à l’anglaise. Mais il a aussi participé cette année à l’Opéra Vlaanderen à la création mondiale d’un opéra contemporain à l’esthétique plutôt symboliste, « Infinite now » de Chaya Czernowin, mis en scène par Luk Perceval. Chanteurs et acteurs nous plongent dans une autre guerre, celle des tranchées de 14/18. Acteur de cinéma il a aussi co-écrit le scénario (et joué dans) Toto le héros et Le 8è jour de Jaco Van Dormael. Enfin son « métier de base » c’est le théâtre jeune public : il a fondé en 1978 ‘La Galofronie ‘avec Jean Debefve et Marianne Hanse. Le trio est toujours co-directeur/trice artistique. 40 ans d’amitié dans un métier difficile. Qui dit mieux ? C.J
Didier de Neck, dans L'absence de guerre de David Hare. Mise en scène d'Olivier Boudon (La Schieve Compagnie). Créé au Théâtre Océan Nord.

David Murgia

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Habité, porté par ses «Discours à la nation», credo et textes que le poète et conteur italien Ascanio Celestini écrit pour lui, tendrement nerveux et résolument charismatique, David Murgia semble être né pour les « seuls en scène ». Cette scène qu'il arpente, occupe, caresse puis rudoie pour occuper tout l'espace. Physique, d'abord. Psychique, ensuite. Dans la continuité du «Discours à la nation», qui lui valut le Molière de la révélation masculine en 2015, le comédien verviétois revient chanter, chuchoter ou exhumer les paroles du communiste Celestini dans «Laïka», un seul en scène à nouveau, accompagné par l'accordéoniste Maurice Blanchy, qui donne lui aussi chair et vie aux invisibles, à ces personnes en marge auxquels on oublie de donner un nom, une existence, une dignité. A peine, parfois, un petit sou pour soulager nos consciences. Indigné au plus profond de son être, membre du Raoul collectif, David Murgia, en véritable Jésus-Christ, traduit sa révolte avec d'autant plus de conviction qu'il y mêle l'humour, l'humilité et l'amour du genre humain. Sans jamais se draper derrière l'armure du conquérant. La force de l'artiste réside dans sa fragilité, celle qu'il ose toujours dévoiler. Au théâtre comme au cinéma où sa filmographie laisse déjà pantois. De «La Régate» de Bruno Bellefroid (2009) au «Tout Nouveau Testament» de Jaco Van Dormael (2015) en passant par «Rundskop» de Michaël R.Roskam (2010), il est de tous les bons scénarios. Et n'a sans doute pas fini de faire parler de lui. (L.B.)
David Murgia dans Laïka, d'Ascanio Celestini. Créé au Festival de Liège Coproduction Festival de Liège, Théâtre National Reprise : du 31 octobre au 5 octobre 2017 au Théâtre National, du 9 au 12 janvier 2018 au Théâtre de Namur

Yannick Renier

/photos/2017-Yannick_Renier_Marc_Debelle.jpgOn en vient à penser que Yannick Renier a quelques traces slaves dans le sang, hérité de quelques ancêtres cosaques méconnus. Tchékhov lui allait déjà tellement bien dans Vania ! Yannick Renier y était d’une séduction diabolique, goujat sublime auprès des femmes. En médecin lucide et écolo avant l’heure, son jeu trouble attisait l’orage en cours. Il semble logique que le metteur en scène Christophe Sermet l’ait embarqué dans la suite de son exploration du répertoire russe. Après avoir donné des airs de western à la campagne de Tchékhov, Yannick Renier ajoute encore un peu de vodka dans le samovar pour faire des Enfants du soleil de Maxime Gorki une matière non pas indolente mais charnelle et vibrante. Cette fois, le comédien y est Protassov, un bourgeois scientifique qui prétend percer les mystères de la vie au microscope mais ne voit pas ce qui se déploie, grandeur nature, sous son nez, entre les frustrations de son épouse et les émeutes sociales qui couvent. Né en 1975 à Bruxelles, Yannick Renier est le demi-frère de Jérémie Renier, avec qui il a partagé l’écran plusieurs fois, notamment dans le mémorable Nue Propriété de Joachim Lafosse. Dans les années 90, Yannick s'inscrit au Conservatoire royal de Bruxelles où il sera formé par Pierre Laroche. C’est sur un stage dirigé par Frédéric Dussenne qu’il rencontrera Joachim Lafosse. Il se partagera ensuite entre le cinéma (notamment chez Christophe Honoré), le théâtre et la télé où il se fait connaître du grand public grâce au rôle d’Hugo dans la série Septième Ciel Belgique sur la RTBF. (C.Ma.)
Yannick Renier dans Les enfants du soleil, de Christophe Sermet d'après Maxime Gorki (Compagnie du Vendredi). Créé au Théâtre des Martyrs. Production le Rideau de Bruxelles