Anne Tismer

/photos/AT.jpgC’est la première fois que notre jury récompense une artiste dont la carrière ne se déroule pas principalement en Belgique. Allemande, française, suisse, européenne, en somme, elle vit dans un quartier populaire de Berlin où elle anime un collectif de création intitulé Gutes Tun, qui dépasse le théâtre «pur». En Belgique on la découvre au National, en 2006, dans sa remarquable interprétation de Nora, d’après Maison de poupée d’Ibsen, mise en scène par Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne, de Berlin. Anne Tismer, grande vedette de la scène allemande, a aussi joué pour Peter Stein ou Luc Bondy. Jean-Louis Colinet l’invite, en 2007 au Festival de Liège, pour un solo, 20 Novembre écrit par Lars Noren, d’après le journal d’un jeune homme de 18 ans, qui a blessé neuf camarades de classe avant de se suicider. Anne Tismer joue, en français, avec un flegme terrifiant, ce rôle d’adolescent perdu, avec une triple distanciation, le sexe, l’âge et la langue. Cette année, elle a passé trois mois à Liège et à Bruxelles pour jouer, en français, outre une reprise de 20 Novembre, Négresse de Franz Xaver Kroetz et Jeunesse blessée de Falk Richter, où elle est se trouve, chaque fois, écartelée entre deux hommes improbables, coincée dans les contradictions d’amours impossibles. Notre jury ne pouvait que saluer la performance et le talent d’une grande dame du théâtre européen. Et la remercier pour son attachement à ce petit bout de terre où elle nous fait l’amitié de jouer, en français, des rôles audacieux, où cette femme libre assume tous les risques. (C.J)