Forces

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Dans le silence et l'obscurité, trois corps se dessinent dans un halo de lumière. Un rythme s'impose comme le tambour d'une galère qui donne la cadence. Les corps vêtus de blanc et encapuchonnés, s'impriment du rythme, les mouvements se libèrent, les visages se découvrent. Les gestes s'enchaînent, répétitifs. Puis les mouvements se font plus chaloupés avant de revenir en force, le regard dur, intense. Les corps occupent l'espace dans une tension énergique, jusqu'à l'épuisement.
Chorégraphe, danseuse et comédienne, Leslie Mannès crée « Atomic 3001 » en 2016, un seule en scène marqué par la pulsation incoercible du geste et du son. Flanquée comme ici du compositeur Thomas Turine et du créateur lumière Vincent Lemaître, la chorégraphe exploite la relation fusionnelle entre le corps, le son et la lumière pour provoquer une expérience sensorielle collective, voire immersive. Dans  Forces , cette trilogie de femmes puissantes (Leslie Mannès, Mercedes Dassy, Daniel Barkan) génère la force plutôt que de la subir, jusqu'à la libération, la joie, l'extase. Elles créent un tourbillon de forces primaires qui dégage une énergie collective dans une sorte de rituel de célébration du vivant. D.B.

IDA don't cry me love

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Qui aujourd’hui se souvient d’Ida Rubinstein ? Qui sait que c’est à cette danseuse, jeune orpheline mais riche héritière, qui fit scandale en 1908 en se déshabillant complètement lors de la Danse des sept voiles de Salomé et fut Cléopâtre et Shéhérazade pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev, que l’on doit le fameux Boléro de Ravel, dont elle fut la commanditaire et la première interprète ? Si Ida Rubinstein a été, comme beaucoup de femmes, engloutie dans les méandres de l’Histoire, Lara Barsacq, elle, ne l’a pas oubliée. "J'avais un poster d'elle quand j'étais enfant, dans la cuisine (...) elle me donnait envie de danser", explique pendant le spectacle la jeune chorégraphe, elle-même liée aux Ballets russes par son arrière-grand-oncle Léon Bakst, qui signa les décors et les costumes de bon nombre de productions de la compagnie. Aux côtés de Marta Capaccioli et Elisa Yvelin, Lara Barsacq remet cette flamboyante icône de la Belle Epoque sous les projecteurs, à travers des documents, des reconstitutions plus ou moins libres de chorégraphies, des discussions à bâtons rompus et des chansons délicates. Un hommage en fragments, subtil et touchant, à l’audace et à la liberté d’une héroïne du passé, repère pour l’avenir. E.S.

Weg

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La friction nature/culture nourrit de longue date le travail d'Ayelen Parolin. Qu'elle se livre à travers le solo autobiographique et évolutif 25.06.76, qu'elle explore l'homme intime et social par le biais de la statuaire dans David, qu'elle bâtisse un pont d'énergie chamanique entre Buenos Aires et Séoul dans Nativos, la chorégraphe (et danseuse !) ne craint pas plus l'ascèse que l'excès.

Pour WEG, Ayelen Parolin a rassemblé neuf danseuses et danseurs: les individus et le groupe, les êtres dans la masse, dont les échanges se nouent de la pulsion à l'entrave, du contrôle au lâcher-prise.

Argentine d'origine, Bruxelloise depuis une vingtaine d'années, elle voit "la chorégraphie comme un écosystème qui d’ailleurs pourrait aussi être urbain , avec tout ce qui vit, tout ce qui bouge, même dans l'invisible". Diaboliquement mis en musique – au fort pouvoir transformateur – par Lea Petra et son piano préparé, habité, heurté, un paysage complexe s'esquisse entre chaos et restructuration. Une danse où l'épure s'invite au creux de la sarabande, où les références abondent sans imposer une lecture. Dans le don plutôt d'un plaisir aussi charnel – "une énergie animale, basique, sexuelle", dit-elle – qu'intellectuel.Nourrie pour WEG de sa lecture de Sapiens, de Yuval Noah Harari, Ayelen Parolin convoque le contre-courant, le hors-code, l’au-delà des bornes, pour s'aventurer au cœur de la complexité du monde. Avec ses jeux de textures, ses contrastes têtus, ses unissons dégingandés, sa retenue et sa profusion, WEG synthétise les dynamiques à l’œuvre chez la créatrice: l’état des corps, leur expressivité, et le rythme, le dépassement, la transe – dans un chatoyant chœur de contradictions. M.Ba.