Yoann Blanc

/photos/2015-Yoann_Blanc.pngDans le dernier spectacle d’Armel Roussel Ondine démontée, Yoann Blanc joue avec Sophie Sénécaut le couple des parents adoptifs d’Ondine, dans un registre parodique tendre où la diction forcée de l’époque (entre-deux guerres en France) fait partie d’un kitsch visuel et sonore minutieusement agencé par le metteur en scène. C’est la force de Yoann depuis 1997, quand il sort de l’Insas avec grande distinction : mettre son égo modéré au service de metteurs en scène costauds aux exigences impérieuses. Il tient la route des métamorphoses de Roussel d’Utopia en Utopia, deRoberto Zucco à Ivanov Remix et Ondine en passant par Pop (entre autres). Dans ces «créations collectives» chacun est à l’écoute des autres et de la partition finale exigeante définie par le chef d’orchestre. Il a connu et brillé avec d’autres grands «chefs», belges ou étrangers. Alain Françon (Naître d’Edward Bond au théâtre de la Colline et dans le in d’Avignon), Falk Richter Jeunesse blessée(Théâtre National). Mais ses deux maîtres de l’Insas lui ont donné ses plus beaux rôles et ses deux nominations aux Prix de la critique, comme meilleur comédien : comique, l’irrésistible Révizor de Gogol, mis en scène par Michel Dezoteux (2008). Tragique, en Rodrigue, dans une version du Cid remaniée par Philippe Sireuil (Pleurez mes yeux, pleurez, 2010). Son talent comique, il l'a a nouveau révélé dans l'étrange Perplexe de Marius Von Mayenburg, mis en scène par Sofia Betz la saison dernière au Poche. Dans cette valse d'identités pour quatre comédiens en mal de meneur de jeu, il parvint à endosser des rôles qui auraient pu être sensibles, passant du couple mondain à l'ado hystérique (et hilarant) aux allures de SS. Le programme des Prix 2008 le caractérisait ainsi: « Jamais il ne tire son épingle du jeu, jamais il ne cherche à briller aux dépens des autres. Et pourtant, sans lui, le spectacle manquerait de sel, tant il sait ajouter un léger décalage à une partition balisée». Il est bien le même, 5 ans plus tard : modeste et irremplaçable et à l’écoute de ses amis, qu’ils soient sur le plateau ou dans la salle. Ch.J.

Ondine démontée, d’après Giraudoux, mise en scène d'Armel Roussel au Théâtre des Tanneurs à Bruxelles et en tournée.Perplexe, de Marius Von Mayenburg, mise en scène de Sofia Betz au Théâtre de Poche à Bruxelles.

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Thierry Hellin

/photos/2015-Thierry_Hellin.pngSa grande stature, sa voix grave et son sourire doux, tout inspire la sérénité, la générosité tranquille en Thierry Hellin, comédien formé dans cette belle pépinière cultivée par Pierre Laroche au Conservatoire de Bruxelles. L'homme sait ce qu'un plateau signifie : il a tâté de tous les métiers de la scène, et s'il a aussi empoché aussi une 1ère licence en Etudes théâtrales à Louvain-La-Neuve, c'est sur le plateau qu'il explose, qu'il vous fait pleurer, qu'il vous fait rire... ou les deux à la fois ! Il ose tous les registres, toutes les rencontres. Dans Les Mains sales de Sartre, dirigé par Philippe Sireuil, il est irrésistible dans la bouffonnerie d'un des gardes du corps, tout aussi hilarant que dans Alpenstock de Rémy De Vos et Axel de Booseré l'an passé. Et c'est l'un des plus grands artistes flamands, Guy Cassiers, qu'il rencontre dans Passions humaines en endossant le rôle de Léopold II ! On ne l'y attendait pas, c'était mal le connaître : métamorphosé, il y est tout simplement ... royal, tout en laissant poindre l'homme et ses failles derrière le masque cynique du pouvoir. Sobre, comme toujours, il sait peser le poids des mots, raréfier le geste pour mieux frapper. Et derrière cette simplicité (apparente), il peut déployer une incroyable virtuosité du souffle, du dire, tel ce Childéric, performance en solo et en une seule phrase de 15 pages, d'Eric Durnez, son compagnon de route. Avec lui et avec Thierry Lefèvre, Hellin a créé la compagnie « Une Compagnie » qui depuis 1994, truste les succès et les récompenses du Théâtre jeune public commes celles des Prix de la Critique. En décembre, Thierry Hellin et une Compagnie reprennent l'un de leur plus intense spectacle : Brousailles de Durnez. A ne pas rater au Rideau de Bruxelles. Et en janvier, Il créera L'Enfant sauvage au 210, un monologue de Céline Delbecq. M.F.

Les mains sales, de Jean Paul Sartre, mise en scène de Philippe Sireuil aux Martyrs. Passions humaines d'Erwin Mortier, mise en scène de Guy Cassiers au Manège à Mons.

Yannick Renier

/photos/2015-Yannick_Renier.pngDans Vania ! , l'Astrov, repensé par Christophe Sermet dans sa lecture de Tchékhov, c'est la fougue et la tristesse, celles d'amours déçues ou inaccessibles. Derrière l'apparente stabilité du médecin de campagne, Yannick Renier révèle les félures d'un homme de science, pris dans le triangle amoureux entre Sonia et Elena. C'est alors que le poète séducteur, presque halluciné, se révèle. Sa performance s'ajoute à d'autres déjà nombreuses pour celui qui figurait déjà sur ce même tableau voici trois saisons. Son interprétation d'un Jason dandy dans Mamma Medea, toujours mis en scène de Christophe Sermet, nous avait alors marqués. Sur les planches comme à l'écran, le comédien cultive ses amitiés de travail. Acteur fétiche de Joachim Lafosse (il a tourné dans cinq de ses films), il aime à retrouver aussi Philippe Lioret qui le dirige à deux reprises. Les sérivores auront adoré le détesté dans son rôle d'intransigeant dans « Ainsi soient-ils » sur Arte. Sur scène, ce sont Dussenne, Goldby et Brine qui feront confiance à ce diplômé du Conservatoire de Bruxelles. « Quand tu es comédien, entre les coups et les projets, tu passes ton temps assis à attendre et à te demander si les gens t'aiment bien », confie-t-il un jour à La Libre Belgique. Espérons que cette nomination le rassurera. N. N.

« Vania ! », d'après Tchékhov, mise en scène de Christophe Sermet au Rideau de Bruxelles.