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Jérôme de Falloise

/photos/2014.JeromedeFalloise_Money_AntonioGomezGaJérôme de Falloise aurait pu continuer à enseigner les sciences sociales. Pour notre plus grand bonheur, il a viré de bord et s’est inscrit au Conservatoire de Liège. Mais peut-être a-t-il gardé de cette première étape professionnelle la conviction que le théâtre est une expérience qui s’inscrit au cœur du social, d’une part, et qui d’autre part s’exerce comme un laboratoire pratique de démocratie. Raoul Collectif, Nimis Groupe, Collectif Impakt, ils sont nombreux les groupes d’acteurs que Jérôme de Falloise a contribué à créer et qui, tous, explorent la réalité contemporaine sur le mode de la création collective. Dès lors on n’est pas étonné que Françoise Bloch l’ai embarqué pour la dernière étape de sa trilogie sur les dérives du capitalisme : « Money ». Basé sur une recherche finement documentée et une écriture collective, ce dernier opus décrypte avec un humour glacé les mécanismes de la banque et du système économique qui la sous-tend. Cheveux gominés et costume trois pièces, Jérôme de Falloise, comme les autres comédiens, y incarne plusieurs rôles (notamment celui d’un gestionnaire de fonds d’investissement au discours aguicheur et faussement rassurant) où il déploie un jeu ironique et pince sans rire tout en subtilité. On a pu découvrir également cette saison dans « Blackbird » (David Harrower) une autre facette de son talent : il campe, aux côtés de Sarah Lefèvre, un homme brutalement confronté à l’adolescente qu’il a séduite des années auparavant alors qu’elle était mineure. Jérôme de Falloise se coule parfaitement dans ce texte troublant qui n’oppose pas simplement un pédophile et sa victime, mais insinue qu’on ne peut jamais cerner toute la vérité. Tour à tour sincère et manipulateur, le comédien contribue, par son jeu complexe et tendu, à faire de cette pièce une plongée saisissante dans l’âme humaine. D.M.

« Money », texte et mise en scène de Françoise Bloch. Au Théâtre National et en tournée. Reprise au Théâtre National du 4 au 9 novembre et à la Maison de la Culture de Tournai le 25 novembre. « Blackbird » de David Harrower au Théâtre de Liège et au Théâtre de la Vie, mise en scène de Jérôme de Falloise, Sarah Lefèvre et Raven Ruëll. Reprise au Théâtre de Liège du 12 au 15 novembre.

Guy Pion

/photos/2014.GuyPion_IsabelleDeBeir.pngIl est né à Lessines et s'est lancé dans des études de sciences politiques avant d'être « foudroyé » par le Living Théâtre au 140, en 1967. Changement de cap, il rejoint l'IAD. Comédien il sera, et metteur en scène, et chanteur, et pédagogue, et directeur de troupe : un compagnonnage de plus de 30 ans avec Le Théâtre de l'Eveil, qu'il a créé en 1982. N'essayez pas de cataloguer Guy Pion, ce petit homme – grand comédien- a tout joué, versant tragique ou comique, mettant dans son escarcelle les metteurs en scène les plus opposés : mémorable « Arlequin valet de deux maîtres » de Goldoni (1997) ou Peachum dans « L'Opéra de quat'sous » avec Carlo Boso (1997), Cotrone des « Géants de la Montagne » de Pirandello avec Frédéric Dussenne (2001), Rouge noir et ignorant, d'Edward Bond (2000) avec Christine Delmotte, « Fin de partie » de Beckett en duo avec Alexandre von Sivers (prix du théâtre en 2000) dans la mise en scène de Michel Kacenelenbogen, « Le Rôdeur », magistral solo d'Enzo Cormann, mis en scène par Henri Ronse (1986) et encore, cette poignante « Mort d'un commis voyageur » d'Arthur Miller... La liste est longue, multiple, au fil des fidélités de plateau, toujours renouvelées. Il a surpris cette saison, au Parc, en composant avec Isabelle Pousseur un Richard III âpre, austère, entre fiel et séduction sur le fil de sa voix un peu rauque. Ni bossu, ni gesticulant, mais glaçant, sombre, puis traqué, rongé. Le cynisme shakespearien lui colle à la peau, à la voix, et sa monstruosité humaine, sa vulnérabilité le rendent terriblement attachant dans sa complexité : impressionnant ! M.F.

« Richard III » de Shakespeare au Théâtre royal du Parc, mise en scène d'Isabelle Pousseur.

Pietro Pizzuti

/photos/2014.PietroPizzutti_.pngDéjà plusieurs fois primé, en 2001 et 2004 en tant qu’acteur, en 2006 en tant qu’auteur (pour « La Résistante » et « Le silence des mères »), Pietro Pizzuti est l'un des visages clefs du paysage théâtral belge. Son sourire, sa douceur et sa force aussi, en font un créateur protéiforme; de l’écriture à la mise en scène en passant par le jeu, l’homme possède de multiples talents. Pour la saison 2013-2014, la metteure en scène Christine Delmotte a proposé un rôle tragique à ce comédien solaire et généreux, celui du Roi Béranger dans « Le Roi se meurt » d’Eugène Ionesco, l'une de ses pièces les plus sombres. Dans ce spectacle créé au Théâtre de la Place des Martyrs, Christine Delmotte explore l’aspect baroque de la pièce, registre dans lequel le comédien excelle. Avec un jeu très physique, expressif et précis, Pietro Pizzuti donne une nouvelle dimension à ce roi qui se tourne parfois en ridicule. Sans pathos ni exagération, le comédien vit son personnage de tout son corps qu'il triture et malmène, torse nu, en jeans. Tour à tour révolté, enfantin, tendre, réfléchi, cruel, clown triste, Pietro Pizzuti offre une formidable performance d'acteur. CdM

« Le Roi se meurt », d'Eugène Ionesco mis en scène par Christine Delmotte. Créé au Théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles.