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Habit(u)ation

/Habituation_cat.pngIl y a la dramaturgie, l'écriture, les dialogues. Il y a le jeu. Et il y a la création artistique et technique, catégorie qui prend tout son sens si l'on parle du spectacle d'Anne-Cécile Vandalem. Car la puissance d'Habit(u)ation est composite, à l'image de ce très singulier cocktail d'hyperréalisme et d'allégorie. Où le saumon levé en filets et conditionné, où le mousseux partagé, où la baie vitrée du salon, où tout va être gagné par la métaphore grouillante, tentaculaire, d'une nature inquiétante. Une telle entreprise – artistiquement ambitieuse – nécessite une puissante vision d'ensemble doublée d'une solide association de talents. Ils sont nombreux ici, auteurs de sons (Pierre Kissling, Juliette Wion) et surtout d’images (scénographie et accessoires de Marie Szersnovicz, lumières de Samuel Marchina, costumes de Laurence Hermant, maquillages de Marie Messien). Sans omettre la technique et la machinerie (Vital van Kriekinge, Rudi Bovy, Jamila Hadiy) qui se font les instruments de toutes les interprétations, tous les fantasmes contenus dans cette pièce hors normes – sans pour autant jamais prendre le pas, malgré leur importance, sur les présences humaines, sur l'essence des questions que pose ce grand spectacle, au propre comme au figuré.M.B.

Habit(u)ation sera repris du 8 au 12 novembre au National, à Bruxelles, et les 24 et 25 novembre à la Maison de la Culture de Tournai.

Kiss and cry

/Kiss_and_cry_cat.pngKiss and cry ? La pièce avec les doigts qui dansent ? Oui, c’est ça. Une chorégraphie pour quatre mains et quelques figurines (une vieille dame, une ambulance, quelques meubles…) qui, par la maîtrise d’une technique ultra rôdée, devient un spectacle total. Dans cette création signée Michèle-Anne De Mey et Jaco Van Dormael, présentée en mars dernier en ouverture du festival Via au Manège (Mons), une allumette déclenche un incendie, un peu d’ouate une tempête de neige, un gant noir un numéro de cabaret… Car, grâce à un astucieux dispositif, ces scènes miniatures sont filmées et projetées sur grand écran alors que l’équipe (technique et artistique à la fois) s’agite, avec la précision requise dans une fourmilière, pour mettre en place le moindre petit détail nécessaire à la séquence suivante. Contant l’histoire pleine de nostalgie d’une vieille dame se remémorant les mains d’un amour trop bref, Kiss and cry est un ovni théâtral réjouissant, où la prouesse technique est au service de l’émotion. A.N.

Kiss and cry, une production Charleroi-Danses. Reprises du 18/11 au 3/12 à la Maison de la Culture de Tournai, du 14 au 16/2 au Manège (Mons) et du 24/2 au 1/3 au Théâtre de Namur.

L'institut Benjamenta

/Institut_Benjamenta.pngComme pour les mots où les silences ont leur importance, chez Matthieu Ferry les noirs sont la respiration de l’éclairage. Pour L’Institut Benjamenta monté par Luçon, il était besoin de glauque, d’atmosphère sombre, de rais lumineux traversant la poussière, d’impression de huis clos. Il fallait au surplus la mise en valeur des visages, ceux sur lesquels l’émotion, la tension se lisent en gros plan. Se succèdent le jaune d’un solaire passé par le filtre d’une lucarne encrassée, le blanc glacial d’une maison livrée à la froideur apparente d’une institution sclérosée. La pénombre reste de mise qui convient aussi à l’intime des confidences. Combinaison d’une lumière verticale et d’une autre latérale, les effets de Ferry aident les voix et les corps. L’espace découpé de la sorte, réhabité par des reflets venus du décor, renforce l’étrangeté du lieu, place le public en position d’enquêteur tenu de chercher des indices, de profiter de la moindre lueur. Ferry, formé à l’École de la rue Blanche à Paris, éclairagiste de Sarraute, Noren, Rilke et quelques autres, a réalisé ici un appoint indispensable pour soutenir la mise en scène de Luçon. Il a travaillé avec Py, Pommerat, Raskine et, chez nous, Léa Drouet (Quelqu’un va venir de Fosse – La maladie de la Mort de Duras). M.V.

L’Institut Benjamenta », Création en mars 2011 à la Maison de la Culture de Tournai par la compagnie Ad Hominem, « L’Institut Benjamenta » a ensuite émigré à l’Océan Nord.

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