Dimanche

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Pour la première fois, les compagnies Focus et Chaliwaté unissent leurs savoir-faire et le résultat est épatant. Dans leur fable où l’on suit en parallèle une équipe de tournage aux quatre coins de la planète et une famille qui tente vivre comme si de rien n'était dans la canicule et les tornades, l’équipe menée par Julie Tenret, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud crée de la pure magie visuelle. Un face-à-face avec une maman ours polaire et son petit, des voyages secoués en camionnette, un repas où les aliments s’envolent, une inondation qui fait flotter les méduses aux côtés des objets d’un intérieur, une maison qui fond : tout est possible, en intégrant l’art de la marionnette et du théâtre d’objet, des séquences vidéo pré-enregistrées et des trucs et ficelles empruntés à la magie et aux effets spéciaux artisanaux des débuts du cinéma. S’il en met plein les yeux, Dimanche a aussi des choses à dire -même sans parole- et ne se prive pas, dans cette synthèse de l’effondrement du monde, de tirer la sonnette d’alarme sur l’état d’urgence climatique. E.S.

No One

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Spectacle de théâtre sans paroles,  No one  éclaire avec humour les dynamiques de groupe et la nécessité de désigner un bouc-émissaire dans les situations désespérées. Sans prononcer le moindre mot, cinq acteurs et dix figurants parviennent à nous faire entrer dans un récit vertigineux.

Yes, hello I’m listening… Hello ! Vous m’entendez !!?… Is there anyone there ??... Tuuuut.

A la lueur d’un néon fatigué, le public découvre l’intérieur d’une pompe à essence perdue au milieu du néant. Le décor imaginé par Aurélie Deloche transpire l’angoisse. Au dehors, la nuit est suffocante. Un groupe de touristes tombé en panne cherche assistance mais le seul téléphone en état de marche s’est mystérieusement volatilisé. Qui sera désigné comme responsable ? Est-ce le conducteur du car accidenté ? le tour opérateur ? le pompiste ? Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola nous invitent à nous pencher sur ce petit groupe d’individus pris au piège entre les couches culottes en promotion et la hache d’incendie qui pend au mur en cas de besoin.

La compagnie « Still Life » crée un théâtre de la cruauté à l’intérieur duquel l’humour est un rebond face au désastre. L’absence de texte permet aux autres facettes du théâtre de briller. Les images sont percutantes. Elles resteront encore longtemps imprimées sur la rétine d’un spectateur soufflé par une mécanique sans faille qui éclaire à grand coups de projecteurs les dynamiques de groupe, les comportements irrationnels et la violence qui en découle. A mourir de rire… Fr. C.

Sanctuaire sauvage

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Le cirque, dit-on parfois, c’est la rencontre entre l’être humain et l’objet – maîtrisé ou rebelle. Artiste touche-à-tout et audacieux, Claudio Stellato semble prendre cette définition au pied de la lettre. Dans « L’autre », en 2011, il vivait en solo l’exploration d’un mobilier sauvage, les meubles semblant doués d’une vie propre et mystérieuse. Avec « La Cosa », le metteur en scène, né à Milan en 1977, révélait ensuite sa passion du bois en invitant quatre bûcherons en costard (dont lui-même) à dialoguer à coups de haches avec quatre stères de bois de chauffage – un réjouissant ballet très chorégraphique, élu « Meilleur Spectacle de Cirque » aux Prix de la Critique en 2016. Cette fois, avec « Work », Stellato joue (à fond) sur la notion de « travail », comme l’indique le titre à double fond. Il convoque sur scène le grand art du bricolage. Tout à la fois peintres, charpentiers, couvreurs, acrobates, performeurs et danseurs, les quatre interprètes se jettent dans les pigments comme d’autres se jettent à l’eau. Chapeau bas à ces quatre intrépides (Joris Baltz, Oscar de Nova De La Fuente, Mathieu Delangle et Nathalie Maufroy) et aux régisseurs qui doivent nettoyer après chaque représentation. Attention, peinture fraîche ! Ça déborde de partout, on se pousse, on se cloue aux murs, on peint le décor aussi bien que ses copains bricoleurs, face à une salle médusée qui vibre souvent d’un rire rythmé par les coups de scie sauteuse. Le cirque traditionnel avait ses animaux sauvages. En repoussant toujours plus loin les limites du cirque contemporain, Claudio Stellato démontre que l’humain n’en a pas fini de découdre avec plus fort que lui.  L.A.