Carnage

/photos/2020-Carnage_SergeGurtwirth.png

A travers ce spectacle, Clément Goethals et Hélène Beutin ont choisi de mettre en lumière un pan de la jeunesse que beaucoup préfèrent laisser dans l’ombre. On les appelle les paumés, les réfractaires, les marginaux. Ils ont fait le choix de vivre en rupture et à la marge du monde.

Sentir une techno tout près, la vibration qui frappe à mes chevilles, devenir expert du contretemps, en n’avoir rien à foutre du jour et de la nuit… crier, personne ne peut nous faire chier…

 Carnage  expose six parcours de vie torturés, six portraits tirés au hasard d’une nuit au cœur d’une rave party. Les personnages errent dans une zone industrielle à l’abandon. Ils fument, boivent, vomissent et crient leur détresse en dansant comme des fantômes sur les basses envoûtantes de la musique techno.

Le décor imaginé par Marie Menzaghi dessine les contours d’un monde souterrain. D’immenses piliers de béton servent de lieu de ralliement et d’exutoire à cette jeunesse en perdition. D’un réalisme confondant, ce décor monumental écrase les personnages et les figurants, les maintenant au sol au milieu des détritus, dans la boue et le gravier qui les écorchent. Tandis que la lumière et le son réalisés par Clément Longueville et Harry Charlier, les enferment dans une nuit noire et sans lendemain. Carnage expose le tableau désolé d’une jeunesse révoltée. Le spectacle est à l’image de son titre ; il est brutal et glaçant. Fr. C.

Le Roman d'Antoine Doinel

/photos/2020-Le-roman-dAntoine-Doinel-01-De-Facto-Photo-Beata-Szparagowska.png

Le défi était de taille. D'abord pour le metteur en scène Antoine Laubin d'adapter pour le théâtre les cinq films que François Truffaut consacra à la vie de son double à l'écran Antoine Doinel. Une fois la fresque de quatre heures coulée sur le papier, encore fallait-il la rendre visible et lisible. C'est là qu'est intervenue Prunelle Rulens, scénographe ici, mais costumière pour d'autres artistes, signant les costumes de plusieurs spectacle d'Aurore Fattier (L'Amant, Elisabeth II...) mais aussi pour Guy Dermul. Pour une saga hors normes, il fallait une scène qui l'est tout autant. Comment raconter un récit en étoile? en le posant sur une étoile ou ce qui y ressemble. Le praticable - sorte de catwalk des défilés de haute couture - étend ses bras sur une plateau débarrassé des traditionnels gradins. Et le public d'assister, lui-même assis sur des chaises pivotant à 360°, à ce tourbillon de la vie (oui c'est dans un autre Truffaut), si bien mené qu'on aurait aimé que cette expérience, même si elle met entre parenthèses un certain confort, se prolonge jusqu'au bout du spectacle (la deuxième partie reprenant le classique frontal). De la dynamique, du mouvement pour suivre "l'amour en fuite". Quoi de mieux? - N.N.

Les Falaises

/photos/2020-15795097893-les-falaises-ccamille-millerandjpg.png

C’est un couloir sans âme à la peinture éteinte, fatigué par les effluves de café froid, la routine et l’ennui. Des portes qui mènent peut-être à des bureaux, à des pièces de rangement, à un local cuisine, on n’en saura jamais rien. Les personnages entrent et sortent, paraissent être occupés, sans que l’on sache ce qu’ils font réellement. Des lumières s’allument et s’éteignent en modifiant l’espace et ponctuant la narration. Dès la première séquence qui s’ouvre sur une musique très cinématographique, le décor s’impose comme un des personnages de ce spectacle où le hors champ a autant à nous dire que ce qui se déroule sur le plateau. La scénographie signée Charles-Hippolyte Chatelard est indissociable des lumières de Alice De Cat et de la mise en scène de Antonin Jenny. Le trio tient d’ailleurs beaucoup à se rassembler sous l’étendard du collectif Fanny Ducat dont Les Falaises est le premier projet achevé. La cohérence entre le son, la lumière et l’espace donne au spectacle la qualité d’un objet plastique et narratif singulier et parfaitement maîtrisé. G.B.