Charly Kleinerman

/photos/Lieu_commun.pngDonner du corps à un texte faible, c’est le miracle scénographique de Lieu commun du Canadien François Archambault, pourtant apprécié pour son écriture féroce et dynamique. La metteuse en scène de talent Myriam Youssef (du ZUT) a réuni une fine équipe et tire ce texte vers le haut. Dans ce Lieu commun ou l’histoire d’une salle de bains et de nos névroses, on découvre une série de couples pris dans la tyrannie de la propreté. Le tout dans un théâtre de l’absurde où les morts peuvent sortir des cuvettes. Mais c’est l’inventivité de la scénographie et des costumes qui nous plonge dans le spectacle, bien couplé au jeu des interprètes. Une salle de bain, blanche, faussement banale où rien n’est vraiment à sa place, des costumes «sous-vêtements» chair et pastel en corsets, collants, jarretelles et perles pour les dames, fines moustaches et cheveux gominés pour les messieurs… Un espace mental signé par les jeunes Thibaut De Coster & Charly Kleinermann, qui ont tout simplement posé la pièce dans un style «années folles». La bonne idée. N.A. Lieu Commun de François Archambault, mise en scène Myriam Youssef, coproduction Zone Urbaine Théâtre - Atelier 210
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Didier Payen

/photos/Didier_Payen.pngDeux spectacles très différents nous ont confirmé que Didier Payen figurait parmi nos meilleurs scénographes ; son art va à l’essentiel. Dans Under de Lars Noren, il parvient à créer avec peu d’éléments la sensation d’un huis-clos oppressant et la vision d’une tragédie burlesque : sur une paroi lisse et glissante, trois clochards viennent se cogner les ailes pour en retomber aussi brutalement qu’ils s’y sont accrochés. Simple et d’une redoutable efficacité. A l’inverse, c’est un immense hangar qu’il fallait structurer pour Pylade de Pier Paolo Pasolini : une des salles de Carthago Delenda Est, ce nouvel espace logé dans une ancienne fabrique de volets. L’action s’y déroule comme sur une agora antique propice aux débats politiques et le public est inclus dans la réalité de la représentation. Acteurs, musiciens, techniciens et spectateurs forment une communauté de citoyens confrontée au même questionnement : la bonne gouvernance de la cité. D.M. Under de Lars Norén, m.e.s Jean-François Noville pour la Compagnie de Monelle au Théâtre Les Tanneurs. Pylade de Pier Paolo Pasolini, projet de Lazare Gousseau pour la Societas Peridurale à Carthago Delenda Est

Dao Sada

/photos/Un_homme.pngSur le plateau du Poche trône une énorme boule en toile de jute, évoquant soit un globe terrestre cousu à la main, soit un grand sac qui contiendrait toute une vie. Sublime entrée en matière pour Un homme est un homme, projet de René Georges et Salifou Kientega croisant le destin de trois Africains égarés entre deux continents, trois hommes qui, à vouloir une vie meilleure, ont tout perdu, argent, papiers, et même leur statut d’homme. Au sol, un cercle tracé de sable sera régulièrement brisé comme autant de frontières forcées tandis que le globe ventru surplombant la scène, et déversant par moments poussières de sable et filets d’eau, suggère un monde déséquilibré : 80% de la planète vivotant des miettes des 20% obèses de surproduction. Emblématique d’un spectacle qui montre l’exemple d’une véritable collaboration entre l’Europe et l’Afrique, l’alliance du Belge Olivier Wiame et du Burkinabé Dao Sada fait des merveilles. Si on ne présente plus Olivier Wiame chez nous, Dao Sada se bat au Burkina Faso pour faire reconnaître le métier de scénographe. Dao revendique son identité d’artiste africain sans renier les métissages. Il veut avant tout inscrire sa démarche de scénographe au départ même du continent africain et y affirmer la scénographie comme un art à part entière.CM. « Un homme est un homme » (Théâtre de Poche)