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After the walls

/photos/2013_After_the_wall.pngHallucinant ! On ne voit pas d'autre mot pour décrire la performance fiévreuse de Vincent Lécuyer qui porte seul sur ses épaules After the walls (Utopia) d'Anne-Cécile Vandalem. Pendant près de deux heures, le comédien belge emporte le public dans une logorrhée révolutionnaire. Comme un Lénine guidant le peuple, ou un prédicateur évangéliste, il nous harangue, nous prend à partie, interroge nos rêves ou s'assied parmi nous. Tantôt le regard délirant du missionnaire exalté, tantôt l'air engoncé dans un costume trop chic, il passe du colporteur fatigué au politicien manipulateur. Ce mélange de passion et de faiblesse nous aimante tant il est habile. Et tant le texte d'Anne-Cécile Vandalem est adroit pour mélanger les interprétations et interroger les utopies collectives : le marxisme bien sûr, mais aussi l'architecture moderniste à la Le Corbusier, ou encore un courant new age pseudo-psychanalytique autour des rêves, de la naissance et de notre place dans le monde. Est-on dans une justification des programmes de rénovation urbaine et la critique d'une architecture qui a oublié l'humain ? Est-on dans une dénonciation de l'immobilisme social et de l'aliénation des masses ? Ou assiste-t-on aux manœuvres d'embrigadement d'un autiste sectaire ? Au prosélytisme d'un doux dingue ? Le texte mélange tous ces discours avec beaucoup d'humour porté par la présence magnétique du comédien. C.Ma.

After the walls (Utopia), créé au Théâtre National. En coproduction avec la compagnie Das Fräulein et le KunstenFestivaldesArts.

En toute inquiétude

/photos/2013_inquietude5.pngAprès Faut y aller, avec la lumineuse et énergique Marie, la femme forte et réfléchie, avec En toute inquiétude, Jean-Luc Piraux s’inspire du cheminement de son père pour nous dresser le portrait d’un homme attachant dont il expose les fêlures avec une tendresse lucide. Il crée avec Séraphin le personnage d’un père en souffrance, un travailleur sans avenir, un mari dévalué. Derrière ce sujet qui pourrait paraître prise de tête, tout l’art de Jean-Luc Piraux est de nous faire rire, beaucoup, énormément, quasi du début à la fin. Sa gestuelle, ses mimiques, ses digressions, son air de Pierrot lunaire, ses mots, sa faconde pour se glisser d’un rôle à l’autre, d’une scène à l’autre, pour oser interpréter entre autres, sans gêner, sans choquer, Émile le chromosome sauvage avec énormément de gentillesse et de tact, sans moquerie, avec un naturel confondant, sans heurter quiconque. Jean-Luc Piraux a un talent pour parler vrai, avec le cœur, pour créer des personnages avec un charme fragile, une force tranquille, des héros du quotidien, des proches, des voisins, des nous. M.H.

Création au Festival Royal de Théâtre de Spa. Une coproduction du Théâtre Pépite, de l'Atelier Théâtre Jean Vilar et du Festival Royal de Théâtre de Spa. Tournée jusqu’en avril 2014 en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Tout le monde, ça n'existe pas

/photos/2013_Tout_le_monde.pngTout part d’un handicap qu’on pourrait croire mineur, mais qui bien vite explose à la figure comme la blessure infligée à cette belle grande blonde. Provocatrice en diable sous sa perruque rousse, la voici qui arrive, en robe et boa fuchsia, prête à défier les hommes. Elle se déhanche et s’avance avec étrangeté. Puis soudain, s’impose cette main trop lisse pour être vraie. "Moi, je n’ai besoin de personne", déclare Marie Limet, auteur, chorégraphe, interprète et metteur en scène. Elle sait cependant qu’il lui manque une part d’elle-même. "Le pire", ajoute-t-elle avec un humour volontairement douteux, "c’est qu’il y en a qui cumulent". Et de brandir sa prothèse esthétique comme un trophée de guerre. Limite exhibitionniste, Marie Limet se met à nu, dans tous les sens du terme, et devient de plus en plus touchante. Sexe et handicap, encore un sujet trop peu abordé. Elle y va, pourtant, sans hésitation, se déshabille devant les hommes pour voir comment ils réagiront et surtout, jusqu’où ils l’aimeront. Le premier qui rentrera dans sa prothèse, elle l’épousera, promis, juré. Conte de fées des temps modernes où les tabous s’effondrent enfin, Tout le monde ça n’existe pas résonne aussi comme un cri de douleur, de révolte, un chant salutaire. (L.B.)

Tout le monde ça n'existe pas, de et par Marie Limet, mise en scène de Laure Saupique. Coproduction du Théâtre de Poche et de la Cie La peau de l'autre. Création aux Rencontres théâtre jeune public à Huy, en août 2012. Le 15 octobre à 20h00 au Centre culturel de Nismes, le 17 au Centre culturel de Waremme, le 18, salle de Krône pour le Centre culturel de Berchem Sainte Agathe, le 22 au festival Agora à St Vith, le 25 à la Bouverie, du 29 octobre au 16 novembre au Théâtre de Poche, etc.